Zéro chômeur ? L’expérimentation avance

La Revue Partage a informé à plusieurs reprises sur l’expérimentation lancée il y a plus de trois ans dénommée Territoires zéro chômeur de longue durée. En 2016 le projet est devenu une loi « d’expérimentation territoriale visant à résorber le chômage de longue durée ». Puis les premiers emplois ont été créés dans le périmètre de dix territoires. Le 23 mai se tenait à l’Assemblée nationale une journée qui se présentait comme un bilan d’étape, avec témoignages et table-ronde. A cette occasion nous avons demandé à Patrick Valentin, cheville ouvrière du projet, de faire le point pour la revue. On lira ci-dessous son analyse.

La table-ronde du 23 mai à l’Assemblée nationale

Des nouvelles de « Territoires zéro chômeur de longue durée »
par Patrick Valentin

Bûcheronnage, épicerie ambulante, maraîchage, retouches de couture, garage solidaire… Sur neuf des dix territoires lancés dans l’expérimentation «Territoires zéro chômeur de longue durée », les entreprises à but d’emploi (EBE) sont ouvertes, environ 200 personnes privées d’emploi ont déjà été recrutées et les activités se multiplient.

Au cœur du projet Territoires zéro chômeur de longue durée, il y a un constat à contre-courant de certaines idées reçues, mais incontestable : il y a des gens prêts et qui ont envie de travailler. Il y a beaucoup de travaux véritablement utiles qui ne sont pas effectués et il y a la possibilité d’activer les dépenses passives liées à la privation d’emploi pour financer des emplois pérennes à proportion des besoins des territoires.  Ce projet a été imaginé dans les années 1990, avant de le relancer en 2011 avec ATD Quart Monde, pour aboutir, le 29 février 2016 à l’adoption d’une loi d’expérimentation à l’unanimité au Parlement. Depuis fin 2016, dix territoires se sont ainsi lancés, pour 5 ans, dans la démarche.

Entreprises à But d’Emploi ?

L’idée est simple : il s’agit de rediriger les dépenses issues des coûts de la privation d’emploi vers le financement d’emplois manquants en assurant de bonnes conditions de travail. Les personnes privées durablement d’emploi du territoire sont ainsi embauchées, sur la base du volontariat, en CDI, à temps choisi et au Smic, par des Entreprises à but d’emploi (EBE). Sur 5 ans, ce sont environ 2 000 personnes qui devraient ainsi être recrutées. Nous comptons déjà pour le mois de mai 2017 un total de 192 salariés dont 37 à Premery, 36 à Pipriac, 28 à Thiers, 17 à Jouques, 28 à Mauléon, 11 à Villeurbanne, 19 à Colombey, 13 à Colombelles et trois à Paris et pour le mois de juin sont prévus 238 salariés. Une croissance régulière jusqu’à l’exhaustivité du recrutement. Leurs emplois ? Des travaux utiles qui ne sont pas pourvus sur le territoire, mais qui ne doivent en aucun cas mettre en péril des emplois marchands ou non marchands existants ou à créer. Le principe de non-concurrence est essentiel dans ce projet. Entre janvier et mai derniers, 9 EBE ont ouvert sur les territoires sélectionnés, la 10e ouvrira à l’été 2017.

Des salariés polyvalents pour des activités extrêmement variées

Bûcheronnage, recycleries, épicerie ambulante, maraîchage, retouches de couture, petits travaux agricoles, garage solidaire… Les activités sont aussi variées que les besoins des habitants et des territoires et environ 200 personnes privées durablement d’emploi étaient déjà recrutées fin mai. Les salariés sont polyvalents mais les activités qu’ils exercent sont définies en fonction de leurs envies et de leurs compétences. « Dans l’EBE, la personne est au centre et fait ce qu’elle aime faire, c’est la clé de ce projet et ce qui fait que cela marche », explique Geneviève Moreau, salariée de La Fabrique, EBE du Pays de Colombey et du Sud toulois en Meurthe-et-Moselle. La formation occupe également une place de choix dans ces entreprises. Sur le territoire de Pipriac-Saint-Ganton en Ille-et-Vilaine, tous les salariés suivent des formations avant d’entrer dans l’EBE, sur la sécurité, la culture d’entreprise mais aussi l’entretien des espaces verts ou la recyclerie, deux des activités principales de Tezea. « C’est un plus énorme, les équipes arrivent déjà soudées, avec une vision et une motivation communes », se réjouit Guillaume Bonneau, l’un des deux directeurs de l’entreprise.

Dix territoires se sont lancés dans l’expérimentation

Deuxième étape dès 2019

Ce projet ne peut se déployer que de manière lente et méthodique, car il entraîne un changement de culture profond.  La première étape, sur 5 ans, est nécessaire pour lancer la mise en œuvre et élaborer les modalités de financement les plus adaptées ; la deuxième étape, dès 2019, pour confirmer l’expérimentation avec un plus grand nombre de territoires ; la 3e pour obtenir une loi permettant à tout territoire qui le souhaite d‘exercer un droit d’option pour devenir un Territoire zéro chômeur de longue durée.

A ce jour, deux associations contribuent à ce seul projet :

–           ETCLD, «Expérimentation Territoriale Contre le Chômage de Longue Durée» présidée par Louis Gallois et dirigé par Patrick Valentin, gère la première expérimentation avec les dix territoires habilités conformément à la loi de 2016.

–           TZCLD « Territoires zéro chômeur de longue durée » a été créée en octobre dernier pour porter la suite du projet dans son ensemble. Elle est présidée par Laurent Grandguillaume, elle compte pour membres fondateurs les initiateurs de la démarche,  Patrick Valentin, Michel de Virville,  ATD Quart Monde et les grands soutiens, Emmaüs France, le Secours catholique, la Fédération des acteurs de la solidarité, le Pacte civique et de nombreux territoires ainsi que des personnes physiques. Elle doit accompagner les territoires volontaires pour entrer dans la démarche. Une quarantaine de territoires s’est déjà portée candidate pour une deuxième expérimentation et ils sont plus de 100 à avoir manifesté leur intérêt pour le projet.

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