Accord Unedic et « pacte de stabilité », toujours plus d’inégalités !

Vendredi 22 mars, les organisations patronales et trois syndicats ont signé un protocole d’accord visant la mise en œuvre de la nouvelle convention d’assurance chômage pour les deux ans qui viennent. Un bilan très préoccupant pour les droits des chômeurs…

Manifestement, le Medef avec l’ensemble du patronat fixait le rythme et nous avons désespérément attendu une parole forte, unie et cohérente des syndicats de salariés. Nous attendons surtout la prise en considération de la situation dramatique vécue par des millions de chômeurs dans un pays aussi riche que le nôtre. Au final, nous avons un accord né des conciliabules de quelques-uns, qui ignore la situation des chômeurs et précaires de notre pays et qui se fait encore une fois sur leur dos. Le Medef s’est attaqué aux intermittents, sans avoir l’intention d’aller au bout mais pour pouvoir avancer, dans l’ombre, des propositions de réductions, voire de suppressions de droits pour les chômeurs au nom d’un combat qui n’est pas le nôtre : résorber la dette de l’Unedic en diminuant les allocations déjà insuffisantes qu’elle sert, alors que le sujet est d’augmenter ses ressources.
Le gouvernement, tout préoccupé de son pacte de responsabilité, focalisé sur la réduction de la dette et la reprise de la croissance, ne se soucie que de réduire le coût du travail pour améliorer la compétitivité ou plutôt la rentabilité des entreprises et même, comme l’a crânement avoué le président du Medef, Pierre Gattaz, les dividendes des actionnaires !

Partout les inégalités s’accroissent

La pauvreté, les inégalités et la concentration de la richesse en très peu de mains s’accroissent partout dans le monde. À tel point que les responsables du forum économique de Davos commencent à s’en inquiéter. Les inégalités représenteraient-elles un risque pour la stabilité économique et le business ?1 Même le très libéral FMI s’interroge, qui démontre, chiffres à l’appui, que les politiques de redistribution, loin d’être préjudiciables à l’économie, engendrent des croissances plus fortes et plus durables2. Mais là où ces instituions s’inquiètent pour la stabilité de leur système, nous réclamons, nous, la lutte contre la précarité au nom de la dignité humaine et de la justice sociale ! Par principe et pour tous, et non comme une condition pour la tranquillité d’une minorité de privilégiés!

En France, le nombre de demandeurs d’emplois n’a jamais été aussi élevé : 5,5 millions dont seulement 40% sont indemnisés par l’Unedic. On se demande où est la priorité… Et pourtant, nos partenaires sociaux et notre gouvernement persistent à ignorer que le monde a changé. Rembourser la dette, retrouver de la compétitivité et de la croissance, même si demain 30% des citoyens se retrouvent en marge, et penser que cette société inégalitaire et injuste sera durable, voilà le seul horizon de nos élites dirigeantes.

Vers un autre partage du travail et des richesses

dialogue_socialLe Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP) pense au contraire que la réduction des inégalités par un autre partage du travail et des richesses est la seule solution apte à contribuer à construire une société davantage soucieuse de bien-être pour tous que d’accumulation de richesses par une minorité. L’urgence sociale nécessite de donner à l’Unedic les moyens d’améliorer significativement la situation de millions de chômeurs en permettant de mettre en oeuvre notre revendication centrale au MNCP « Un emploi, sinon un revenu décent garanti pour tous ». De ce point de vue, nous ne pouvons que réagir fortement à la signature le 21 mars dernier de l’accord visant à mettre en oeuvre la nouvelle convention d’assurance chômage. Malgré quelques nouvelles dispositions pouvant être regardées avec intérêt, le MNCP rejette pour l’essentiel un texte qui réduit encore un peu plus les droits des chômeurs. Le MNCP rejette d’abord l’esprit de cet accord : une fois de plus, il faudrait inciter les chômeurs à retourner vers l’emploi quand la société n’est pas capable de leur en proposer un seul ! Il faudrait aussi que les chômeurs règlent leur part d’une dette dans laquelle ils n’ont rien à voir et dans laquelle ils n’ont pas un centime à mettre !

Le MNCP rejette le postulat imposé par les organisations patronales de non contribution supplémentaire par les entreprises au financement de l’Unedic. Certes, les droits rechargeables vont permettre aux chômeurs d’être certains de ne pas perdre de droits au chômage en reprenant une activité. Certes, les règles de cumul d’une allocation et d’une activité réduite sont simplifiées. Mais ces petites avancées ne représentent qu’un peu plus de 1% du budget annuel de l’Unedic qui s’élève à 35 milliards. Alors que seuls 40% des demandeurs d’emploi sont indemnisés par l’Unedic ! Mais surtout, ces améliorations marginales, pas du tout à la hauteur des enjeux, le Medef a obtenu de les faire payer aux chômeurs par des réductions de prestations bien supérieures à leurs coûts prévisionnels :

  • Une baisse de l’indemnisation des chômeurs, passant de 57,4 à 57% du dernier salaire pour ceux qui percevaient un revenu supérieur à 2.000 € brut.
  • Un allongement du délai de carence de 75 à 180 jours touchant principalement les indemnités supra légales des ruptures conventionnelles.
  • Une réduction importante des droits spécifiques des intérimaires et des intermittents !

En tout état de cause, il est hors de question de faire des économies sur le dos des chômeurs tant que le chômage de masse perdure. Le système doit engager une politique d’indemnisation ambitieuse dans ses moyens et respectueuse du droit de tous à un revenu décent pour vivre, au minimum à 80% du Smic. Cette nouvelle convention d’assurance chômage contribuera inévitablement à renforcer les inégalités puisque l’Unedic disposera d’un budget inférieur pour un nombre de chômeurs toujours croissant.

De l’inefficacité du pacte de stabilité

Manifestation contre le pacte d’austérité
Manifestation contre le pacte d’austérité (Photo Agnès Verdurant)

Ce n’est pas, non plus, le pacte de stabilité soumis par le nouveau gouvernement de Manuel Valls à l’Assemblée nationale le mardi 29 avril 2014 qui contribuera à réduire les inégalités. Quelle que soit la façon dont on l’appelle, « pacte de compétitivité », « pacte de responsabilité », « pacte de solidarité » (avec qui ?), et finalement « pacte de stabilité », il s’agit au final d’un transfert massif de richesses des gens qui travaillent, bénéficient de services publics et de prestations sociales (- 50 milliards d’Euros) vers les entreprises ou plus précisément vers les actionnaires de ces entreprises, puisqu’aucune contrepartie sociale n’est exigée (+ 35 milliards).

Une société se juge sur le sort qu’elle réserve aux plus faibles

Dans ce contexte politique et économique particulièrement régressif sur le plan social où la voix des plus précaires n’est pas écoutée encore moins entendue, le MNCP attend de la part des syndicats de salariés comme de la part de l’État qu’ils reconnaissent et entendent les organisations de chômeurs, pour mieux porter l’intérêt général, lequel passe par la défense des droits des chômeurs et des précaires. Le développement d’une société se juge toujours en dernier ressort, non pas sur son Produit Intérieur Brut, mais sur le sort qu’elle réserve aux plus faibles et aux plus précaires de ses membres.

Jacques-Henri Vandaele (Président du Mouvement national des chômeurs et précaires)3

_____________________________________________________________________

1. Médiapart « Le forum de Davos découvre les inégalités » par Martine Orange – 20 janvier 2014.
2. Médiapart « Révolution copernicienne : pour le FMI, les inégalités nuisent à la croissance » – 27 février 2014.
3. Tribune du MNCP publiée dans Le Monde du 30 avril 2014.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *