Ce que nous coûte le capital

Alors qu’en 1980, les sociétés financières payaient deux fois plus d’intérêts que de dividendes, en 2012, les dividendes versés représentaient 3,4 fois le montant des intérêts. Pour donner une idée des sommes en jeu, un chiffre : en 2011, le « surcoût du capital » s’élevait à 94,7 milliards d’euros.

Ce n’est pas le « coût du travail » qui provoque la crise mais bien le « coût du capital ». Pour être concret, rendons-nous juste un instant à Onnaing, dans le nord de la France. Dans cette ville située près de Valenciennes, Toyota a investi dans un site de production notamment grâce à des subventions publiques. Après avoir augmenté les cadences de 35% en supprimant l’équipe de nuit, le constructeur automobile japonais a fait produire 270 000 unités par an à ses quelque 4000 salariés. Sans aucune contrepartie financière, Toyota restant l’unique gagnant de cette optimisation industrielle. Pour preuve, alors que la richesse créée par le travail de l’ouvrier pendant ses deux premières heures en poste sert à couvrir son salaire journalier, le reste de son temps de travail sert à grossir le montant des dividendes reversés aux actionnaires. Cette baisse du « coût de travail » a eu pour effet, entre le 1er avril 2012 et le 31 mars 2013, de voir Toyota redevenir la première capitalisation boursière d’Asie, avec un triplement de bénéfice net à 9 milliards d’euros et un chiffre d’affaires s’élevant à 206 milliards. Ainsi donc, le problème n’est pas à chercher du côté du « coût du travail » ou du manque de compétitivité des salariés mais bien de celui du « coût du capital ». Établi par l’Institut de recherches économiques et sociales, le « surcoût du capital » s’élève chaque année à France entre 94 et 140 milliards d’euros. Soit plus de 6 points du PIB qui ne vont ni au financement de la protection sociale, ni aux salaires, ni à l’emploi et encore moins à l’investissement productif. Pour éviter les délocalisations et l’exploitation des salariés, il suffirait pourtant de réinjecter les 27,6 milliards d’euros – obtenus en 2012 par les entreprises au titre des exonérations sociales et fiscales patronales – dans les secteurs de la recherche, du développement et de l’innovation. Ou de redistribuer les 20 milliards du crédit d’impôt compétitivité emploi [CICE] reversés en 2013 à des entreprises françaises qui ne sont pas menacées par la concurrence internationale. Une voie que le gouvernement français n’a pas choisi de suivre, depuis cette annonce faite le mardi 15 janvier 2014 par François Hollande de la mise en place d’un « pacte de responsabilité », accordant toujours plus de facilités aux entreprises, sans contreparties.

Pierre-Yves Bulteau

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Pierre-Yves Bulteau

Pierre-Yves Bulteau est journaliste. Il est l’auteur de En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême‑droite (cf. page 28) et fait partie du comité de rédaction de Partage. Il a pris la rédaction en chef de la revue le 1er juillet.

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Pour aller plus loin…

« Ce que nous coûte le capital », un supplément de La Nouvelle Vie Ouvrière n°3507 du 13 décembre 2013. Plus d’info sur le http://www.nvo.fr/ ;

« Coût du capital, la question qui change tout », par Laurent Cordonnier, Le Monde diplomatique de juillet 2013. Plus d’info sur le http://www.monde-diplomatique.fr/2013/07/CORDONNIER/49354

« Cet état de choses serait parfaitement compatible avec un certain degré d’individualisme. Mais il n’impliquerait pas moins l’euthanasie du rentier et, par suite, la disparition progressive du pouvoir oppressif additionnel qu’a le capitaliste d’exploiter la valeur conférée au capital par sa rareté. »
J. M. Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Petite Bibliothèque Payot, Paris, 1971.

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