Chômage : on n’a pas tout essayé

« Stop au chômage et à la régression sociale »

par Guy DÉMAREST, David FELTZ, Michel MONTIGNÉ

« Petit ? Oui mais costaud ! »

Cette vieille antienne publicitaire s’applique à merveille au petit ouvrage que le collectif Roosevelt a produit récemment pour dénoncer les échecs, les mensonges et les absurdités des politiques menées depuis quarante ans pour lutter contre le chômage. Paraît-il…

Et pour exposer sereinement et fortement que d’autres choix politiques sont possibles.

 

L’ouvrage commence par démonter la célèbre sentence de résignation mitterrandienne : « on a tout essayé. » Les auteurs montrent que, non seulement on n’a pas tout essayé, mais qu’on a surtout agi toujours dans le même sens : le travail serait un coût, qui serait trop élevé et dont la réduction permettrait de résoudre la question du chômage ; le salaire serait une charge à diminuer ; et la richesse un gâteau immuable dont il faudrait réduire les parts pour servir davantage de convives, de moins en moins bien nourris.

Avant d’entrer dans le vif de leur thèse, une nouvelle répartition du travail, les trois auteurs ont le mérite de revenir franchement sur le passé récent. Ils montrent que les 35 heures furent la dernière politique publique vraiment créatrice d’emplois. Ils montrent aussi que nous vivons une réduction du temps de travail depuis des années, mais inégalitaire et dans le seul intérêt d’un marché financiarisé.

Ils montrent également comment la politique de réduction du temps de travail a cessé de l’être non pas en tant que telle mais parce que l’on s’est caché derrière la seule durée légale du travail en éliminant le reste et en n’amplifiant pas ce qui devait l’être. Ils montrent enfin comment ce sujet est devenu un tabou, même chez ceux qui l’avait imaginée et créée.

Alors oui, et cette position est portée avec autant de rationalité que de conviction. Il faut répartir autrement le travail et la richesse produite pour travailler mieux et travailler tous. Et cette grande ambition de la politique contre l’argent et la sainte croissance, doit avoir comme horizon géographique la zone européenne, non pas l’Union Européenne d’aujourd’hui mais l’Europe de demain. Et tout cela avec une vraie largeur de vue puisque le livre expose une démarche pouvant se développer aussi bien dans une cadre collectif et généralisé qu’individuel et choisi.

Dans un style clair et didactique, voici donc une petite somme bien utile, revigorante et que tous les Français, et onze d’entre eux en priorité, auraient bien intérêt à lire en cette période.

Pierre-Edouard Magnan

Collectif Roosevelt, Stop au chômage et à la régression sociale, Paris, Editions de l’Atelier, 2016 ( 6 € )

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