Claire Villiers, l’inspiratrice

Cofondatrice d’AC ! Agir contre le chômage, vice-présidente du conseil régional d’Ile‑de‑France (2004-2010), Claire Villiers était l’une des figures fortes de la mobilisation des chômeurs et précaires dans les années 1990. Décédée en décembre 2010, c’est le portrait d’une femme de convictions, ayant combattu sur tous les fronts – sociaux, féministes et politiques –, que nous dresse aujourd’hui Noël Daucé*.

Claire Villiers
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Lorsque l’on évoque le mouvement des chômeurs et la marche du printemps 94, la fondation d’AC !, les marches européennes, ou encore la mobilisation de l’hiver 97-98, surgit inévitablement la silhouette de Claire Villiers. Une histoire d’amour, d’engagement corps et âme – avec de la gravité, des souffrances mais aussi des moments festifs et joyeux – qui collent à la peau des luttes. Surtout quand elles réussissent à bousculer l’ordre établi, à donner la parole aux relégués et aux sans voix, à marquer la scène sociale et politique.

Claire s’est jetée dans ce mouvement par un choix politique construit et réfléchi, partie intégrante d’une réflexion stratégique. Mais également, avec une dimension personnelle, éthique, répondant à ses engagements, à sa pratique de catholique de gauche, de militante du catholicisme social. C’est ce qui a donné à cette partie de sa vie, sa réalisation individuelle, une plénitude individuelle. Tant le collectif et le personnel pouvant se mélanger dans une alchimie particulière. L’investissement dans AC ! n’est pas venu comme « un cheveu sur la soupe ». Il a été précédé par une recherche de jonction, de soutien avec les mouvements de chômeurs tels qu’ils étaient alors impulsés, au milieu des années 80, par le syndicat des chômeurs et les maisons des chômeurs de Maurice Pagat. Salariée de l’ANPE, femme, syndicaliste, Claire devient fondatrice d’AC ! sur la base d’une réflexion menée autour de la création d’un outil de mobilisation original regroupant salariés, syndicalistes et chômeurs… Un creuset produisant un alliage particulier. Il s’agissait, par le développement d’un puissant mouvement des chômeurs et des précaires, de permettre à ces derniers de résister pendant la période de chômage aux propositions d’emploi dégradées – salaires, conditions de travail – notamment grâce à des niveaux d’indemnisation corrects. Cet enjeu stratégique n’a pas été pris en charge par les confédérations syndicales les plus importantes, incapables d’organiser les chômeurs dans leurs rangs.

Au milieu des années 90, déjà le chômage et la précarité de masse taraudaient la société dans son ensemble. Mais là encore, la pensée de Claire s’était construite avant cela. Au congrès confédéral CFDT de Bordeaux, en 1985, elle était intervenue pour défendre un « amendement » s’opposant à la majorité confédérale qui promouvait le travail précaire comme un moindre mal et une solution face au chômage. Il y avait ainsi de la part de Claire et de la CFDT-ANPE, la compréhension qu’un mouvement puissant des chômeurs était un formidable appui pour refonder le service public de l’emploi et en particulier celui de l’ANPE. Le développement collectif d’un rapport de force permettait à la fois de peser sur les négociations des conventions Unedic ainsi que sur le fonctionnement des Assedic ou sur l’activité et les missions de l’ANPE. Cela n’a pas été sans tension et contradictions internes car l’irruption des mobilisations, sous forme par exemple d’occupations, remettait très souvent en cause le cadre de travail des salariés de l’ANPE ainsi que leur quotidien professionnel.

L’autre élément très présent dans la démarche de Claire était que, face à la poussée de l’extrême-droite et à la tentative de création de syndicats tels ces « comités pour un travail pour les Français », il fallait opposer une présence concrète, revendicative, structurée auprès des chômeurs et précaires pour déjouer toutes tentations de vote protestataire extrémiste de leur part.

Pour faire la synthèse de ces différents éléments politiques, « carburants » de ses actions, il y avait probablement chez Claire Villiers la recherche de la fondation d’une sorte de théologie de la libération « à la française ». L’objectif de la naissance et du développement d’une force sociale et politique ancrée dans le catholicisme de gauche (celui de la JOCF, des prêtres ouvriers, de Témoignage chrétien…). Inspirée par les théologiens latino-américains – Camillo Torres, Le Père Cardenas, Elder Camara –, son idée était de créer un espace politique puissamment implanté dans des communautés de base actives, fédérant les opprimés et les pauvres… C’est cela qui nourrissait sa farouche volonté unitaire, notamment dans le mouvement des chômeurs et précaires avec AC !, l’APEIS et le MNCP.

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*Secrétaire général du syndicat SNU Pôle emploi – FSU.

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