Congrès du Mouvement des travailleurs chrétiens d’Europe

Témoignages et expériences de lutte contre le chômage

Rassemblé pour son séminaire annuel à Lisbonne, le Mouvement des travailleurs chrétiens d’Europe a choisi, pour cette rencontre d’octobre, d’aborder le thème du chômage. Une réalité qu’a pu illustrer le Portugal, l’un des pays membres les plus touchés par l’austérité.

mouvement des travailleurs chretiens d'europe
© Sylvain Knittel

Un pays laminé par la crise

Pays européen ayant le plus souffert de la crise économique avec la Grèce et l’Espagne, le Portugal a vu son taux de chômage passer de 7,8% à 17,2%, entre 2008 et 2012. Aujourd’hui, ce taux est officiellement de 14,2% mais, entre-temps, beaucoup de Portugais ont repris le chemin de la migration (350 000 jeunes) vers des pays comme l’Angola, notamment.

Par ailleurs, les mesures imposées par la « troïka » (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, ndlr) au gouvernement portugais ont affecté les salariés, notamment par des baisses de salaire, dont les incidences se sont fait sentir directement dans le secteur public et indirectement dans le privé. Cela a aussi eu pour conséquence de faire flamber l’impôt sur le revenu. Les retraités, eux, ont vu leurs pensions diminuer. Cette politique d’austérité a contribué à l’écroulement de l’économie portugaise.

Le chômage, une réalité qui touche l’ensemble de l’Europe

De 2007 à 2013, le taux de chômage en Europe est passé de 7 à 11%. Avec 26 millions de chômeurs, ce sont près de 10 millions de personnes supplémentaires qui se sont retrouvé sans travail en Europe depuis le début de la crise. C’est d’ailleurs dans la zone Euro que les inégalités sociales ont le plus rapidement augmenté au sein de l’Union européenne. Pour les jeunes, la situation est particulièrement difficile, leur taux de chômage étant le double du reste de la société et ce, quel que soit le pays de l’UE.

Mais cette réalité du chômage en Europe n’est pas nécessairement la conséquence directe de la crise. Alors que l’économie des États-Unis s’est elle aussi écroulée en 2008, ce pays a réussi à retrouver de la croissance les deux années suivantes alors que l’Europe est restée bloquée en étant engagée dans une austérité qui a provoqué des coupes budgétaires dans les secteurs de l’éducation ou de la santé… Avec le contrôle de la « troïka » sur les finances publiques, les choses n’ont fait qu’empirer.

Une réalité de vie dans toute l’Europe

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© Sylvain Knittel

Cette réalité s’exprime aussi par des témoignages comme celui de David, membre de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) de Cordoue, au sud de l’Espagne. Suite à la crise et à l’arrivée du Parti Populaire au pouvoir, ce fonctionnaire a vu, par exemple, son salaire fortement diminuer. En conséquence, comme beaucoup de jeunes, David doit non seulement rembourser un emprunt mais compléter son salaire en faisant des petits boulots. En plus de son travail, David a donc trouvé un poste de livreur à 200 € pour 30h par mois. Autre conséquence, il doit continuer à vivre chez ses parents et ne peut donc pas prendre son indépendance. Ainsi, comme la jeunesse portugaise, David pense quitter l’Espagne pour s’inventer une vie meilleure.

C’est cette désespérance à laquelle conduit le chômage de longue durée qu’exprime également Rainer lorsqu’il dit vouloir retourner en Allemagne de l’est et y attendre sa mort. Son témoignage apporte un autre regard sur le « modèle allemand » et son faible taux de chômage qui ne tient qu’au prix d’une grande précarisation des travailleurs. Désespérance, encore, de Xavier qui témoigne de sa difficulté à ne pas se laisser entrainer par une certaine fatalité malgré ses engagements, comme au MNCP, qui lui permettent encore d’avancer.

Des initiatives pour accompagner les chômeurs

En parallèle à ces parcours de vie, des organisations cherchent à accompagner les personnes au chômage. Ce séminaire a été l’occasion de tourner notre regard vers trois expériences assez diverses par l’origine, le sens et les valeurs.

1- Le centre TAK en Allemagne. Très signifiants de la démarche, les locaux de l’association se situent dans une ancienne chapelle. Ici le leitmotiv est : « Lève-toi et marche ! » Par-delà la question du travail, il s’agit, de remettre les personnes debout, au centre de la société, au centre de l’Église, à travers notamment des ateliers et des activités culturelles qui permettent à l’association d’ouvrir à toute personne demandeuse un chemin de dignité.

2- L’agence d’insertion professionnelle de Setubal, au Portugal. Cet organisme, qui travaille avec des jeunes âgés de 14 à 30 ans, propose des formations. Le travail mené s’inscrit dans un parcours officiel, ce qui implique que les personnes inscrites doivent participer aux formations sous peine de perdre leurs allocations chômage sans avoir accès aux offres d’emploi. D’autres mesures sont aussi en œuvre au Portugal, comme cette possibilité d’utiliser l’argent de l’allocation chômage pour créer sa propre entreprise.

3- Caritas Espagne. Confrontée à ce modèle économique qui fait souffrir les gens, l’ONG estime qu’il est nécessaire de permettre aux chômeurs de retrouver la dignité qui leur a été enlevée. C’est ce travail, qui est fait au quotidien par l’association à travers un itinéraire d’insertion socioprofessionnelle et s’appuie en premier lieu sur les capacités des personnes.

L’expérience du groupe Mondragon

Présentée comme une alternative possible s’ouvrant sur une économie soucieuse de l’homme et de son travail, l’expérience du groupe Mondragon au pays basque espagnol nous interroge sur les moyens que possède l’économie sociale pour agir contre le chômage. Si, pour Mondragon, l’un des objectifs majeurs reste de créer de l’emploi, cette démarche ne peut réussir que si elle est rentable. Actuellement, Mondragon regroupe 120 coopératives. Certaines d’entre elles connaissent des difficultés financières. Pourtant, au sein du groupe, un transfert de fond est possible grâce au fait que toutes versent 10% de leurs bénéfices dans un fond de garantie qui permet de pallier les problèmes de liquidités. Cette pratique a permis de préserver l’emploi, alors que certains concurrents ont dû fermer, les banques ne voulant plus prêter les fonds nécessaires. Si cette organisation n’évite pas les échecs, à l’exemple de Fagor, elle n’en permet pas moins une réelle solidarité au service de l’emploi.

Comment, en conclusion, ne pas retrouver les échos de notre priorité dans ce qui s’est échangé à Lisbonne ? Cette rencontre nous montre la pertinence de vivre au quotidien ces échanges nous permettant d’obtenir une perspective internationale en s’ouvrant à une démarche de compréhension du monde et de ces mécanismes qui reproduisent ailleurs et partout la précarisation des travailleurs.

Sylvain Knittel,
membre du secrétariat national de l’Action catholique ouvrière (ACO-France),
en charge de l’international

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