Conseil national de lutte contre les exclusions

Un dialogue social (toujours) à sens unique

En amont de la Conférence sociale de juillet dernier, s’est tenue une séance du Conseil national des politiques de lutte contre les exclusions. A cette occasion, le ministre du Travail, François Rebsamen, est venu entendre la parole des membres du conseil, et notamment celle des chômeurs et des précaires, ainsi que de leurs organisations. Des organisations, faut-il le rappeler, toujours écartées de la Conférence sociale depuis 2012. Comme elles le sont d’ailleurs de tout dialogue social en France.

Dans son propos liminaire, le ministre a d’abord évoqué son souhait de voir la protection sociale attachée à la personne et non plus à l’emploi, afin qu’elle suive chacun tout au long de sa vie. Parmi tant d’autres, le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP) n’a pu naturellement « qu’adhérer à une idée aussi ambitieuse et sans doute essentielle, tout comme la réduction du temps de travail ou une nouvelle répartition des richesses pour lutter réellement et efficacement contre les inégalités ».

Au-delà de cette pétition ministérielle de principe – et les développements de la rentrée ne laissent guère d’espoir – c’est sur la réalité du dialogue social que le MNCP a interpellé le ministre. Après lui avoir rappelé que, depuis 2005, aucune organisation de chômeurs n’avait été reçue à ce titre par un ministre du Travail, le MNCP a insisté une fois encore sur le droit des chômeurs organisés à s’exprimer sur les grandes orientations économiques et sociales qui les concernent au premier chef. « Le patronat est écouté, les syndicats de salariés sont reçus, les associations caritatives sont accueillies, les chômeurs organisés sont ignorés. C’est inadmissible ! » a-t-il rappelé avec force et conviction. Créer des emplois par une politique fiscale novatrice. Sur le fond de ce que devrait être une réelle politique de lutte contre la précarité, le MNCP a ensuite répété que « ce n’est pas en se contentant de parler tout le temps de politiques de l’emploi et de croissance que l’on parviendrait à quelque chose ». Et d’insister sur « l’accumulation des mauvais chiffres du chômage qui sont autant de désastres humains et d’échecs politiques ». Ainsi, le MNCP reste convaincu que « c’est bien d’une politique fiscale novatrice, d’une nouvelle répartition des richesses produites dont nous avons besoin en France. Cela pour provoquer une réduction du temps de travail qui permettra alors la création de vrais emplois avec de vrais salaires ».

Lors de cette rencontre, au début de l’été, le MNCP a également pris note de l’ouverture de la Conférence sociale à deux représentants du collectif Alerte1. Une ouverture toutefois jugée insuffisante puisque les chômeurs organisés n’y sont pas ! Cette dernière reste pourtant « une brèche utile dont nous espérons qu’elle s’approfondira vite ».

Alléger et lever les pressions sur les chômeurs et précaires. Car les chômeurs et précaires ont le droit et le besoin de prendre la parole, tant leur situation quotidienne est dramatique. Il faut alléger et lever des pressions qui pèsent toujours sur eux. Et le MNCP d’évoquer les contrôles [une injonction ministérielle d’ailleurs réaffirmée médiatiquement le 2 septembre dernier au micro d’I-Télé par François Rebsamen, Ndlr], les absurdités, les tracasseries administratives, les radiations : « Toutes mesures injustes sur le plan humain et inique sur le plan économique, car on harcèle des personnes pour qu’elles recherchent des emplois qui n’existent pas ! » C’est enfin sur la situation dramatique des associations de chômeurs – et des autres – que le MNCP a achevé d’interpeller le ministre. « Il ne suffit pas de saluer leur travail et de louer leur action, a-t-il rappelé, il faut aussi les faire vivre et leur donner les moyens d’accomplir leurs missions dont nul ne conteste qu’elles le font avec force et compétence. Le désengagement de l’État doit cesser ! »

Pierre-Édouard Magnan

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1. Le collectif Alerte rassemble une quarantaine d’associations de lutte contre l’exclusion.
Depuis juin 2014, il a un nouveau président en la personne de François Soulage, également
président du Secours catholique depuis 2008.

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