Débat : syndicalisme et mouvement social

Le collectif Passerelles a demandé à Robert Crémieux, en tant qu’animateur de la Revue Partage et membre du MNCP, de répondre à quelques questions sur les rapports du mouvement social et du syndicalisme. Nous reproduisons ci-dessous un extrait des réponses de Robert Crémieux aux questions posées. Pour l’ensemble de l’article, paru dans le numéro de novembre 2017 du bulletin de liaison du collectif Passerelles, se reporter au document .pdf à télécharger en fin de cet article.

Le Président des riches : une complicité qui s’affiche

[ Extrait ]

Depuis le 12 septembre, les mobilisations syndicales se sont multipliées contre la politique de casse sociale du gouvernement.

Des interrogations existent sur le rapport de force, l’unité, le rapport au politique, de nouveaux défis sur la place du travail, la transition écologique, la révolution numérique…

Nous avons choisi d’organiser une table-ronde entre syndicalistes pour approfondir ces questions. Nous avons invité un responsable d’une organisation de chômeurs et de précaires à apporter son regard.

Cette table-ronde est réalisée par voie électronique. Ceci explique les écarts de réponses. Nous n’avons pas voulu prendre la décision d’égaliser en faisant des coupes. Nous laissons à chacun la possibilité éventuelle de rebondir au prochain numéro.

Gérard Aschiéri, ancien responsable de la FSU ; Christian Mahieux, qui coanime la revue de Solidaires, les Utopiques ; Robert Crémieux, ancien président du MNCP et animateur de la Revue Partage ; Gilles Desseigne de l’UNSA Banque-Assurance ; Jean-Marc Canon, de la CGT et Michelle Kapala, syndicaliste dans l’Allier ont accepté de répondre à nos questions. Nous les remercions.

A nous, tous ensemble, d’aller plus loin dans la réflexion au service de l’action.

Table ronde réalisée par Jean Claude Mamet, Jean Pierre Lancry, Jean Claude Branchereau et Michel Jallamion, membres du collectif Passerelles.

Le défi de la démocratie

1 – Le rapport des forces

Question : Il y a eu plusieurs journées de luttes contre les ordonnances Macron (12 septembre, 21 septembre, 19 octobre) et dans la Fonction publique (10 octobre). Ce n’est pas facile de mobiliser massivement contre les ordonnances. Pourquoi ? Est-ce dû au fait qu’on n’a pas gagné en 2016 contre la loi El Khomri ? Ou au résultat de la présidentielle et ce que représente Macron ? Ou encore à l’absence d’alternative claire à opposer aux recettes libérales ? Est-ce que les contre-propositions alternatives sont nécessaires pour aider au développement des luttes ? Comment concevoir une convergence des luttes aujourd’hui ?

Robert Crémieux : Sur le moyen ou long terme le rapport de force peut être inversé. Il n’y a pas eu que les journées de lutte syndicales interprofessionnelles. Il y a eu des mobilisations unitaires : celle de la Fonction publique, celle des retraités ; il y aura celle des chômeurs samedi 2 décembre ; la mobilisation contre la baisse des APL se poursuit. FO a rejoint le Front intersyndical pour le 16 novembre. Une recomposition du champ syndical est possible, celle du paysage politique est en cours.

2 – La question de l’unité

Q : Le mouvement syndical semble peiner à s’unir nationalement (sauf dans la fonction publique et aussi dans quelques régions) pour combattre les ordonnances Macron et le plan en 18 mois qu’il a fixé pour chambouler les conquêtes sociales. Comment l’expliquer ? Qu’est-ce qui fait obstacle ? Peut-on recréer les conditions de l’intersyndicale de 2016 ? Est-ce qu’un dialogue sans tabou, organisé publiquement, serait possible ? Cela permettrait-il, selon vous, d’acter des convergences et pistes de travail, de débattre des dissensus, afin de permettre aux salarié-es de s’emparer de ces questions ?

RC : La convergence des luttes se construit dans les luttes quotidiennes. Le mouvement social doit se fixer comme objectif de gagner la bataille des idées. Le gouvernement a choisi d’affronter tous azimuts le monde du travail. Mais nous avons des alternatives concrètes à proposer : la réduction du temps de travail ; la transition écologique ; une Europe des peuples ; une économie solidaire (c’est-à-dire débarrassée de la dictature du profit) ; le peuple comme horizon de la démocratie… Sur ces bases il est possible de réunir une majorité d’idées, de luttes et de gouvernement.

Le mouvement social porteur de propositions et d’alternatives

3 – Le rapport au politique

: Peut-on concevoir que syndicats, forces politiques et associatives puissent s’entendre pour des initiatives communes ou convergentes ? Ou des propositions alternatives ? Sur quels sujets ? A quelles conditions ? Quelles articulations possibles ?

RC : Peut-on concevoir que syndicats, forces politiques et associatives puissent s’entendre ? La réponse est oui, c’est nécessaire. Le contexte nous invite à chercher une réponse dans le respect de l’indépendance de chacun. Les défaites de ces dernières décennies posent la question d’une alliance nouvelle. Le mouvement social est un tout. Croire que les forces associatives, syndicales ou politiques peuvent aboutir à des victoires durables en étant chacune de son côté est une illusion mortifère.

4 – Nouveaux défis de société

Q : Est-ce que la révolution numérique, les enjeux climatiques, les mutations du travail, le travail sans statut salarial à partir de plates-formes, obligent aussi à une mutation du syndicalisme ? Quelles sont vos pistes de travail sur ces questions ?

RC : La révolution numérique, les enjeux climatiques, le travail précarisé, obligent à une mutation du syndicalisme et non à une simple adaptation à la modernité. Fondamentalement le monde du travail dans ses diverses composantes reste le socle du rassemblement. Le défi du chômage n’est pas celui de la disparition du salariat mais celui de la démocratie dans tous les domaines, au travail comme dans la cité.

Robert Crémieux
Membre du MNCP / vendredi 3 novembre 2017

[ * Extrait d’un article paru dans le n°1 de Passerelles, novembre 2017 / passerelles-debatgauche@laposte.net ]

Télécharger : Passerelles 01 nov 2017 vf(4)

***

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *