Des visages pour dire « non » au chômage injustice

Samedi 6 décembre 2014 à Paris, le cortège de la Marche des chômeurs et précaires s’est étiré de la place Stalingrad à la place de Clichy. Derrière les banderoles et leurs slogans, des femmes et des hommes marchant pour leurs droits et leur dignité. Partage était présent et, au gré des sourires et des regards, a décidé de donner la parole à cette diversité de visages, tous unis par cette même volonté de lutter, d’être solidaire pour un plus bel avenir et pour dire « non » au chômage injustice qui, aujourd’hui, stigmatise, appauvrit et isole des millions de personnes.

Marche Des Chômeurs

Pénélope, Faiza et Vincent

Pénélope et Faiza, salariées. « Il y a deux choses dans le mot chômage. Premièrement, la « prestation » qu’on appelle chômage et deuxièmement la privation d’activité. La prestation est un modèle à étendre, car c’est une reconnaissance de l’activité économique hors emploi. Ce droit doit être défendu et étendu. La privation d’activité, c’est l’organisation du marché de l’emploi de façon à créer des inégalités et à baisser les coûts de main d’œuvre. C’est une technique pour orienter l’ensemble de la valeur ajoutée vers les profits et non pas vers les salaires. Cette situation-là, il faut la combattre en réclamant l’abolition de l’emploi. Le travail ne se résume pas à l’emploi. Je fais partie d’une association d’éducation populaire, le Réseau salariat, qui revendique le salaire à vie pour tous et toutes ! Ce serait une belle solution à la privation d’emploi subie par plus de trois millions de personnes, non ? »

Vincent, chômeur. « Le chômage, c’est le bordel ! On nous fait tourner en rond. D’un côté, ça décourage, de l’autre, ça révolte. Ce que je regrette, c’est d’avoir été bloqué dans ma reconversion professionnelle. J’ai 43 ans et j’aurais sans doute eu une autre vie si on ne m’avait pas fermé les portes. »

Marche Des Chômeurs

Céline, Guillaume et Mathieu

Céline et Guillaume, tous les deux au chômage. « Nous, ce qu’on veut, c’est du boulot de qualité, pas du boulot à tout prix et dans n’importe quelle condition. Aujourd’hui, on nous propose des contrats de deux jours qui nous font perdre nos indemnités et n’offrent aucune sécurité. C’est le système qui n’est pas bon. Il faut que le droit au travail – et au chômage – soit amélioré, c’est pour ça qu’on manifeste. Céline a été privée de revenus pendant deux ans, toutes les portes auxquelles elle cognait pour demander de l’aide sont restées fermées. C’est inadmissible ! On a une petite fille et on ne veut pas qu’elle se retrouve un jour dans cette situation. Nous nous sommes rapprochés d’une association de chômeurs au Creusot et nous nous battons pour que les personnes au chômage puissent vivre dignement. »

Mathieu, chômeur. « Etre au chômage, c’est une mauvaise expérience qu’on découvre petit à petit. Le temps passe, on ne retrouve pas de travail et ça crée beaucoup de stress et d’angoisse. On finit par se voir soi-même comme une personne n’ayant aucune valeur alors que chaque chômeur est plein d’expérience dont la société peut profiter. La situation aujourd’hui n’est pas seulement catastrophique pour les trois à cinq millions de personnes qui sont au chômage, mais aussi pour tous leurs proches. Cela doit s’arrêter ! »

Marche Des Chômeurs

Chahrazed et Christian

Chahrazed, chômeuse, sans logement. « Ce qu’on ne dit pas assez, c’est que lorsqu’on est au chômage, on finit par ne plus pouvoir se payer de logement. Sans logement et sans vie stable, comment chercher et garder un travail ? Ces problèmes sont imbriqués. J’ai été victime de violences conjugales et je dépendais de mon mari dont j’ai du me séparer. Je n’étais pas autonome financièrement et je n’ai pas pu garder mon logement. Je suis coiffeuse de métier et je démarche beaucoup de salons de coiffure pour trouver du boulot. La plupart des employeurs refusent de me payer les heures supplémentaires quand je suis en période d’essai. Ce n’est pas normal que dans un pays comme le nôtre, on ne respecte pas le droit du travail et qu’on essaye de profiter du chômage pour ne pas payer les employés comme il faudrait ! »

Christian, chômeur. « Il faut se battre contre ce système où se creusent les inégalités et où les plus pauvres s’appauvrissent encore davantage. Alors, je vais aux « manifs », je donne des coups de main dans des associations que je connais. C’est ma manière d’apporter ma contribution et aussi de sortir de la solitude. »

Marche Des Chômeurs

Jean-Marc et Thierry

Jean-Marc, fonctionnaire. « Le chômage, c’est quelque chose d’inconnu pour moi. Je suis fonctionnaire titulaire dans la fonction publique. Je suis ici car je suis solidaire avec mes collègues assistant-e-s de vie scolaire (AVS) qui s’occupent des élèves handicapés et qui se trouvent dans des conditions extrêmement précaires de travail et de salaires. Je suis solidaire de tous les précaires, car leur condition est déterminée par le rapport entre le capital et le travail et c’est là qu’il faut attaquer ! »

Thierry, retraité. « Je suis retraité, membre de l’Association pour l’emploi, l’information et la solidarité des chômeurs et des travailleurs précaires (APEIS) depuis 1990. J’ai décidé de mener ce combat associatif à Saint-Denis car, du temps où je travaillais, je me suis mis à discuter avec un collègue qui m’a dit : “La société changera quand les chômeurs se mobiliseront.” J’ai milité pour ça, mais c’était plus facile dans les années 90, où nous avons eu de grandes mobilisations et quelques victoires. Aujourd’hui, la situation est insupportable pour des millions de personnes, en France, comme en Europe. On a aussi peur que la colère des gens se porte sur des positions nauséabondes telles que celles du Front national…On a un slogan à l’APEIS qui dit : “La vraie lutte contre le fascisme, c’est la lutte contre la misère.” J’en reste convaincu ! »

Marche Des Chômeurs

Fatima et Félix

Fatima, chômeuse et sans logement. « Pendant onze ans, j’ai été éducatrice dans une crèche militaire en Algérie. En 2012, je suis arrivée en France où j’ai rejoint mon mari. J’ai été battue, à plusieurs reprises, j’ai eu un arrêt de 15 jours à cause des blessures. J’ai fini par déposer une main courante. Mon mari a résilié le bail et je me suis retrouvée sans logement, enceinte de ma fille qui a maintenant 21 mois. Aujourd’hui, je vis à droite à gauche, chez des connaissances ou des amis. Si j’avais un boulot, je pourrais être indépendante, et trouver un logement, où ma fille puisse se sentir bien et avoir sa chambre. J’essaye de faire reconnaître ma formation en Algérie et Pôle emploi m’a proposé d’obtenir l’agrément ainsi que la certification d’assistante maternelle. Mais c’est long et difficile. »

Félix, salarié. « Le chômage, c’est quelque chose de paradoxal. Quand on travaille, on aimerait être libre d’avoir des activités socialement utiles et quand on est au chômage, on angoisse et on se sent coupable de ne pas travailler… Je crois qu’il ne faut pas tomber dans l’écueil de dire que la meilleure façon de lutter contre le chômage, c’est d’obtenir des emplois pour tous et toutes. Il faut revendiquer le droit à des périodes de chômage correctement indemnisées qui soient autant d’opportunités pour se dédier à d’autres activités. Aujourd’hui, je manifeste car je veux défendre le droit à vivre dignement sans que l’on soit obligé de vendre nos corps ou nos cerveaux, juste pour du travail. »

Textes et photos d’Audrey Torrecilla

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