Face à la situation, les associations citoyennes peuvent agir ensemble

Les élections européennes ont été pour chacun d’entre nous un choc et un révélateur. Le score du Front national (25 %) a fait la une de tous les médias. On a moins parlé de l’écroulement des partis traditionnels : par rapport aux présidentielles, le PS a perdu les 3/4 de ses électeurs, l’UMP 60% et le Front de gauche 70%.

S’ajoutant aux municipales, ces élections ont montré qu’une large majorité de Français ne se reconnaissent plus dans une démocratie qui n’en a plus que le nom. Sur 46 millions d’électeurs, 27 millions se sont abstenus, soit près de 60% des inscrits, ce qui est considérable. Mais cette abstention est différentielle : près des 3/4 des jeunes, 69% des chômeurs, 68% des employés 65% des ouvriers se sont abstenus, alors que 60% des personnes âgées de plus de 60 ans ont voté et 50% des foyers aux revenus supérieurs. Ces chiffres relativisent le score du Front national, qui n’a mobilisé « que » 10% des électeurs inscrits, soit 4,5 millions d’électeurs contre 6,5 millions lors de l’élection présidentielle. Le principal séisme n’est pas celui que disent les médias, mais celui d’un triple désaveu : de l’organisation actuelle de l’union européenne, de la politique d’austérité et l’organisation actuelle des institutions politiques. Mais l’influence grandissante des idées du Front national va bien au-delà de ceux qui ont voté pour lui le 25 mai, car il retrouvera dans d’autres scrutins une partie des abstentionnistes du 25 mai, et une partie de la droite a déjà repris son discours et ses idées.

On aurait pu penser qu’après de tels résultats, le pouvoir en place allait se poser des questions et remettre en cause la politique suivie depuis 2 ans. François Hollande, après avoir dit le 25 mai que « des leçons doivent être tirées de cet événement majeur », a déclaré le lendemain qu’on ne changera rien et que le « pacte de responsabilité » reste la « feuille de route ». Ainsi le capitaine du Titanic a décidé d’aller tout droit.

Cela signifie que l’objectif du gouvernement est toujours de réduire les dépenses publiques de 50 milliards en 3 ans et de 11 milliards de la dotation de l’État aux collectivités d’ici 2017 (soit plus de 3,5 milliards par an). On peut estimer qu’environ le tiers de ces réductions de crédits va se répercuter sur les financements publics aux associations, qui constituent, avec la réduction des investissements, la principale variable d’ajustement laissée aux collectivités territoriales pour compenser la perte de leurs ressources.

Ce gouvernement, comme un certain nombre d’acteurs, semble ignorer que les richesses produites par la très grande majorité des 1 300 000 associations sont constituées avant tout de développement humain, de démocratie et de participation à la vie de la cité, de renforcement du lien social et d’épanouissement des personnes. Paradoxalement, le premier ministre et les membres du gouvernement affirment dans le même temps qu’ils ont besoin des associations pour gagner la bataille de l’emploi, reconstruire l’espérance, notamment dans les quartiers et les territoires ruraux ou périurbains où le désarroi gagne chaque jour du terrain et lutter contre le racisme, la xénophobie et la haine de l’autre. Mais comment les associations citoyennes peuvent-elles agir, dès lors que la rigueur se traduit pour elles par :

  • un recul général de leurs capacités d’agir, y compris pour les associations dont l’action ne repose que sur l’engagement bénévole ;
  • la disparition des associations les plus porteuses de citoyenneté, de lien social et de coopération, et la destruction de dizaines de milliers d’emplois qualifiés, porteurs d’expérience et de savoir-faire associatifs ;
  • une forte dégradation des conditions de travail, tant pour les salariés que les bénévoles ;
  • leur remplacement partiel par des emplois précaires et sous-qualifiés, souvent en substitution de services publics territoriaux détruits par ailleurs. En particulier, la signature de milliers de contrats temporaires dits « emplois d’avenir », destinés à des jeunes peu qualifiés, ne saurait masquer durablement la réalité de ce plan social déguisé.

On observe déjà de graves difficultés, mais le pire est à venir en 2015 si le plan de rigueur n’est pas modifié d’ici là sous la pression des multiples mobilisations qui se développent aujourd’hui. Les associations petites et moyennes sont les plus frappées par ces mesures, qui se conjuguent avec la multiplication des appels d’offres et la complexité croissante des procédures.

À cette approche comptable s’ajoutent toutes les conséquences humaines et les souffrances que cela entraîne, avec la destruction progressive des liens sociaux. Les associations, leurs salariés et leurs militants ont tendance à se replier sur eux-mêmes dans les difficultés. Le surtravail imposé par des restrictions de financement rend impossible une vision prospective et un travail dans la durée. L’angoisse de nombreux dirigeants devient un phénomène majeur.

Nous entrons dans une période intense de combat des idées. Plus que jamais, les associations citoyennes doivent se regrouper pour se battre ensemble sur plusieurs fronts :

Banderole du Collectif des associations citoyennes.
Banderole du Collectif des associations citoyennes.
  • la poursuite de la mobilisation contre le plan d’austérité et ses conséquences. L’État est le premier responsable, mais il faut également souligner que les collectivités, malgré leurs difficultés, ont des marges de manœuvre et peuvent choisir de maintenir la vie associative, notamment pour les actions citoyennes qui ne représentent qu’une faible proportion de leurs dépenses de fonctionnement, alors qu’elles constituent un enjeu majeur pour le lien social, l’éducation à la citoyenneté et la lutte contre le rejet de l’autre ;
  • en interne, le développement de l’autonomie associative, en revenant sur le « tout salariat » pratiqué dans certains secteurs et en misant davantage sur l’engagement bénévole et la mutualisation des projets. Le CAC compte y travailler ;
  • la lutte pour la reconnaissance du rôle indispensable des petites et moyennes associations citoyennes, face à un discours qui présente leur action comme résiduelle, conditionne leur survie à leur rapprochement avec le monde de l’entreprise, et met sur le même pied les associations non lucratives et les entrepreneurs sociaux, comme le fait la loi ESS ;
  • le retour à des démarches d’éducation populaire. Toutes les associations ont une responsabilité d’éducation populaire, et pas seulement celles dont c’est l’objet principal. Le déficit d’éducation populaire est une des causes de la situation actuelle. À cet égard, il ne faut pas sous-estimer l’action du Front national, qui fait un vrai travail militant sur le terrain et tend à constituer ses propres associations, ni la cohérence de ses idées, qui constituent comme dans les années 1930 une doctrine solide, même si celle-ci intègre des éléments nouveaux empruntés à la critique du néolibéralisme et à l’alter-mondialisme.

Le collectif des associations citoyennes a appelé les associations, en lien avec les collectivités et tous les acteurs, à se mobiliser par tous les moyens, avec leurs bénévoles, leurs salariés, leurs adhérents et usagers, pour résister à leur asphyxie et contribuer à ce combat. Dans la période actuelle, les associations citoyennes peuvent contribuer à un renouvellement de la démocratie avec tous ceux qui partagent les mêmes valeurs d’égalité, de liberté, de fraternité, et sont animés par l’objectif de construire une société solidaire et non par la peur de perdre leurs avantages. Cette construction doit s’appuyer sur les innombrables actions qui construisent déjà des alternatives sur le terrain et constituent des graines d’avenir. Il devient vital d’agir ensemble au nom de ces principes communs. Cela suppose une écoute réciproque et le dépassement des désaccords.

« Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat »
Ce poème d’Aragon, écrit sous la Résistance, est toujours d’une brûlante actualité.

Didier Minot, membre du collectif des associations citoyennes

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