JOC : propositions et actions pour un emploi digne

La Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) participe depuis quelques mois déjà au Collectif mis en place par les associations de chômeurs, des syndicats et des associations pour agir et porter la parole des chômeuses, chômeurs et précaires contre la réforme de l’Assurance chômage du gouvernement Macron. La JOC avait déjà en 2017 participé au livre collectif de 25 organisations : Chômage : Halte aux idées reçues.
Dans l’article que nous publions ci-dessous, Gaël Gaultier, Secrétaire National aux Jeunes Privé.e.s d’Emploi de la JOC donne son analyse de la situation à laquelle les jeunes privés d’emploi sont confrontés.

La JOC présente mercredi 21 mars 2018 devant une agence de voyage pour dénoncer les accusations visant les chômeurs supposés « partir aux Bahamas ».

Ni fainéant.e.s, ni fraudeur.se.s : privé.e.s d’emploi !

Par Gaël GAULTIER

Le projet de loi sur la réforme de l’Assurance chômage qui sera dévoilé en avril prévoit un renforcement du contrôle des chômeurs et des chômeuses. La JOC, en pleine campagne pour défendre la dignité des jeunes privés d’emploi, refuse que les chômeurs et les chômeuses soient une nouvelle fois stigmatisés. « Le Gouvernement se trompe de cible. Le vrai problème aujourd’hui c’est qu’il n’y a pas assez d’emploi pour tout le monde. On n’agit pas contre le chômage en culpabilisant ceux et celles qui sont privés d’un emploi digne ! » s’est exprimé Lola Mehl, Présidente de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), dans un communiqué.

« La série d’attaques contre les privé.e.s d’emploi soupçonné.e.s de profiter du système est une atteinte supplémentaire aux plus précaires d’entre nous », rappelle Lola MEHL. En stigmatisant les privé.e.s d’emploi, on voudrait nous faire croire, que si ces personnes ne travaillent pas, c’est qu’elles ne font pas assez d’efforts. C’est sournois : la vieille mélodie du « quand on veut on peut » ne fonctionne pas, l’égalité des chances reste un mythe ».

Par ailleurs, la tournure que prend cette réforme de l’Assurance chômage pourrait remettre en cause le sens premier de Pôle emploi : l’accompagnement vers l’emploi ! Le contrôle accru, qui s’apparente à une vraie mise en sursis vis-à-vis de leurs droits, ne remplacera jamais un accompagnement de qualité. Et c’est bien l’accompagnement vers l’emploi qui doit se déployer, pas le contrôle.

Les dernières informations sont inquiétantes à ce niveau-là. Suite à la présentation, aux syndicats et organisations patronales, des orientations qui seraient retenues par le Ministère du travail sur le contrôle et l’accompagnement des chômeurs, on pouvait lire ceci dans Mediapart, mardi 20 mars : « Les agents qui seront spécifiquement chargés du contrôle, qui sont 200 aujourd’hui, seront […] 1 000 d’ici 2020. Mais sans que les effectifs de Pôle emploi ne soient revus à la hausse pour faire face à cette montée en charge. Au contraire, même : cette année, le budget prévoit déjà 300 suppressions de postes, notamment dans les agences de proximité, et quatre milliards d’euros d’économies sont demandés au total au ministère du travail sur la durée du quinquennat. Où Pôle emploi va donc trouver ces 800 postes supplémentaires ? Dans les rangs des conseillers à l’accompagnement, qui vont voir le temps consacré à chaque demandeur d’emploi se réduire encore, et leur portefeuille de chômeurs s’alourdir (la plupart des conseillers accompagnent aujourd’hui des centaines de demandeurs d’emploi chacun). »

Les jeunes du milieu ouvrier posent un regard très critique sur cette nouvelle réforme qui vient les discriminer :

Gaëtan : « La porte des patrons est fermé selon les diplômes, l’expérience professionnelle : on est discriminés donc cette réforme est inadaptée au Privé d’Emploi. Pôle Emploi n’oriente pas les jeunes privés d’emploi car c’est par moi-même que je cherche du boulot. »

Géraldine : « On peut dire que cette réforme pénalise des gens qui cherchent et qui ne trouvent pas et que l’Etat considère que c’est des fainéants, c’est dégueulasse, car supprimer totalement ou réduire des allocations des gens peuvent se trouver à la rue. Emmanuel Macron tire de l’argent sur les privés d’emploi et les riches, il les laisse tranquille. »

Méril : « Je pense que tout le monde devrait avoir droit d’être à la recherche d’un emploi digne et que tout emploi (travail) devrait être pris en compte pour la retraite, l’assurance maladie et le chômage. Je pense qu’il faudrait traiter chaque personne privée d’emploi avec compassion et l’accompagner au lieu de le réprimander. »

Mélanie : « Inadaptée car c’est inciter les plus précaires à avoir des postes qui ne leur correspondent pas, avec une mauvaise qualité de vie, horaires […] et aussi dû à un accompagnement pas adapté par Pôle Emploi »

Il faut savoir qu’aujourd’hui, 45 % des 15-24 ans en Zones urbaines sensibles sont privé.e.s d’emploi1 : les contrôler davantage ne leur donnera aucune perspective rassurante. 70% des jeunes interrogés par la JOC estiment qu’avoir un CDI est la principale clé pour accéder à un emploi digne2. Répandre l’idée selon laquelle les chômeurs et chômeuses profiteraient du système est une insulte à celles et ceux qui se voient toujours refoulés aux portes de l’emploi et de l’insertion. L’accès au premier emploi est un vrai parcours du combattant pour les jeunes du milieu ouvrier et de quartiers populaires : privé·e·s de réseau, de mobilité, de ressources, de loisirs, d’autonomie, d’espoir.

Parce qu’à la JOC nous croyons qu’un.e jeune privé.e d’emploi vaut plus que tout l’or du monde, le 15 avril 2017, des milliers de jeunes ont participé à la rédaction d’un Cahier de Doléances où 40 propositions pour un emploi digne sont déclinées. Sur la base de ce document, une pétition est lancée pour faire reconnaître le terme « Privé.e.s d’emploi » et les propositions pour un emploi digne.

Voici celles que les jeunes du milieu ouvrier privé.e.s d’emploi ont particulièrement plébiscité lors des Comités des jeunes privé·e·s d’emploi (CJPE)3 organisés et mis en place en France par les fédérations JOC locales  :

– Remettre au centre l’humain, aller au-delà des difficultés de chacun·e, sans exclure les personnes, notamment en situation de handicap.

–  Favoriser la communication entre les différents acteurs de l’insertion professionnelle.

–  Permettre aux jeunes d’avoir accès à un réseau professionnel pour être soutenu∙e∙s en cas de questions ou de difficultés dans leur insertion professionnelle.

–  Avoir une formation au droit du travail dès le secondaire.

–  Avoir le droit à l’erreur, le droit de se chercher et de construire sa vie.

–  Permettre l’accès à un emploi digne sans être discriminé∙e.

Témoignages

Graziella, 25 ans :  « Etre privée d’emploi pour moi ça représente d’avoir été mise dehors par ma propre mère car je ne rapportais pas d’argent. Ça représente aussi de devoir vivre chez le père de mon copain depuis 3 ans et ne pas avoir d’autonomie et d’intimité. On ne peut même pas décider de certains repas qu’on aimerait manger. On ne peut pas avoir de chien qui serait source pour nous de bonheur. Je suis en surpoids et diabétique, je dois faire un gros régime pour ma santé et chez mon beau-père je ne peux pas. Voilà, pour moi être privée d’emploi, ça impacte gravement ma vie personnelle, je n’arrive pas à la maîtriser. »

Grégoire : « Le travail pour moi est un peu la forge où est fabriquée la clef qui permettra d’ouvrir la porte de la vie ; cette clef c’est le salaire. Le bonheur au travail résulte avant tout de la bonne entente entre collègues et supérieurs. Si l’on ne travaille pas, il apparaît en nous une sorte de cratère qui nous noircit le cœur et l’âme : la dépression due au manque profond d’activités et de relations humaines. En ne travaillant pas, on est dépourvu de bonheur, d’épanouissement et en fin de compte : de vie. Car on est en manque total de relationnel. »

Géraldine, 22 ans : « La JOC me nomme « privée d’emploi » car j’ai fait des formations sur formations, je tourne en rond cela sert à rien, je suis privée d’emploi car je suis victime de discrimination. Pour moi être privée d’emploi, je ne peux pas construire, je dois rester habiter chez ma tante. Je n’ai pas beaucoup d’argent, je me retrouve coincé dans un endroit où il n’y’ a pas de boulots. J’ai un diplôme d’agent de sécurité mais au quotidien c’est compliqué. J’ai été à ILD Sécurité pour pouvoir me faire embaucher, le patron m’a reçu et depuis 3 mois, je n’ai pas d’appel téléphonique pour des missions car il y’en a aucune qui correspond à mon profil, vu que je suis une femme et que je suis petite. »

Gaël GAULTIER
Secrétaire National aux Jeunes Privé.e.s d’Emploi
Coordinateur des Relations Extérieures
246 boulevard Saint-Denis – BP 36
92 403 COURBEVOIE CEDEX

(+33)6 72 63 13 10

gael.gaultier@joc.asso.fr

1/ Insee, 2012
2/ Enquête de la JOC « Emploi digne et autonomie des jeunes », janvier 2016
3/ CJPE : permanence régulière de la JOC ouverte à tout·e jeune privé·e d’emploi. C’est un lieu de convivialité, de rencontre, d’écoute, de partage et d’entraide au service des jeunes. C’est aussi un lieu de représentation des jeunes privé.es d’emploi, porteur de revendications.

Les 40 doléances et la pétition sont à retrouver sur :

 

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