La Conférence sociale ou l’avantage de ne rien attendre…

Les 7 et 8 juillet derniers s’est tenue au palais d’Iéna la troisième Conférence sociale, dite « grande », du quinquennat. Cette conférence est sans doute d’ailleurs la seule chose de sociale de la période…

conference_socialeCe mirage de concertation avait pour but de faire enregistrer par les partenaires sociaux les multiples pactes dont nous avons été gratifiés, faisant accroire qu’ils étaient le résultat du dialogue social. C’est pourquoi un certain nombre de syndicats ont d’emblée refusé de jouer une partition qui n’était pas la leur. Ainsi, la CGT et la FSU ont-elles quitté la table à l’issue du premier jour, quand l’union Solidaires avait assumé de ne pas s’y rendre du tout, associant ainsi le courage au refus. Quant au résultat de ces débats tronqués entre des partenaires sociaux incomplets, peu de choses en vérité, et surtout du trompe-l’œil.

Pour l’emploi des jeunes

« Pour les entreprises, les jeunes ne sont pas une charge mais un investissement, tout simplement parce qu’ils sont l’avenir de ces entreprises, comme ils sont l’avenir du pays ! » Que ces propos du Premier ministre sont justes mais qu’ils sonnent faux ! A part quelques éléments dans les collèges et quelques contrats aidés, rien de global et rien d’ambitieux. On prétend susciter l’envie d’entreprendre des jeunes quand il faudrait avant tout être capable de leur fournir un emploi correspondant à leur choix de formation et leur permettant de vivre décemment. Au lieu de cela, et pour tous les jeunes qui ne parviennent pas à intégrer le monde du travail, on remet en avant la « garantie jeunes », sorte de précarité organisée, qui conditionne un revenu pour vivre contre un petit boulot sans avenir. C’est enfin l’annonce d’un énième plan de relance de l’apprentissage qui clôt ce chapitre. Louable préoccupation, mais une fois encore on réduit le chômage, ici des jeunes, à un problème de formation.

Pour l’emploi des seniors

« Parce qu’achever un parcours professionnel est parfois aussi compliqué que de le débuter et que le chômage des plus de 50 ans a augmenté de 10% », ce sont en ces termes qu’un plan d’action spécifique en direction des seniors a été annoncé. Pôle emploi étendra son accompagnement renforcé, pour qu’il concerne 270 000 demandeurs d’emploi particulièrement éloignés de l’emploi, soit 80 000 de plus qu’aujourd’hui. Le dérisoire devient grandement insuffisant devant plus de 5,5 millions de chômeurs et précaires inscrits à Pôle emploi… Et on ajoute à l’existant encore des contrats aidés. Ainsi, les contrats d’insertion dans l’emploi, pour l’embauche dans le secteur marchand, seront concentrés sur les seniors, les chômeurs de très longue durée et les personnes handicapées. Sans doute est-ce mieux que rien, mais ce n’est guère plus que cela, et de la part d’un gouvernement, ce n’est pas à la hauteur de l’enjeu. On bricole petitement quand on devrait changer radicalement.

Pour la croissance et le pouvoir d’achat

Concernant ces deux points, on annonce une loi « croissance et pouvoir d’achat » qui devrait permettre de retrouver de la croissance économique, une croissance durable et créatrice d’emplois. Que dire qui ne l’ait déjà été… En prime, un comité Théodule de plus avec cet Observatoire des rémunérations qui sera créé afin de regrouper les études et les statistiques sur les rémunérations et ainsi de nourrir les travaux de la Commission nationale de la négociation collective. Un observatoire quand il faudrait une loi, on regarde pour ne rien faire.

Conclusion de cette « grande » Conférence sociale

Face à cela, point de déception, nous n’attendions rien. Mais de la colère devant une dégradation continue de la vie des chômeurs et précaires, de la lassitude devant le refus du politique de reprendre le pouvoir sur l’économique. Et surtout de l’enthousiasme pour continuer à se battre, armé de la conviction que la mobilisation et l’action collective sont plus que jamais nécessaires.

Pierre-Édouard Magnan

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