La place de la Bourse rebaptisée place Albert-Jacquard

« Je ne serai jamais mort. De toute façon, on ne peut pas conjuguer le verbe être avec le mot mort ! » avait dit un jour Albert Jacquard. Alors pas d’hommage posthume, mais les mots vivants d’Albert.

Un an après la disparition d’Albert Jacquard et devant l’absence de réponse de la mairie de Paris au souhait de voir une place ou une rue porter son nom, l’association Droit au logement, ainsi que les camarades et la famille d’Albert ont décidé symboliquement de rebaptiser la place de la Bourse en une place Albert-Jacquard. En présence de Jacques Gaillot, de Jean-Claude Amara (Droits devant !) et de Jacques Boutaud (maire du IIe arrondissement), la voix d’Albert a ponctué les moments forts du rassemblement. Certains de ses textes ont ainsi été lus par des camarades, des amis, des enfants. Comme cet extrait de À toi qui n’es pas encore né(e) (Ed. Calmann-Lévy, 2000 ) : « Lorsque nous disons «je», nous pensons à l’individu autonome, localisable, identifiable, unique, que nous sommes. Mais nous ne sommes pas que cela […] “Je est les liens que je tisse.” Avec cette définition, que je t’ai rappelée, la compétition, la lutte contre l’autre, apparaissent comme des comportements au mieux infantiles, au pire suicidaires. C’est à ce niveau qu’il faut situer la révolution nécessaire : chaque membre de notre espèce est “plus que lui-même” par son appartenance au réseau des rencontres […] Ce réseau, depuis mon enfance, je l’ai tissé au présent en échangeant avec mes contemporains, au passé en lisant les livres ou en admirant les oeuvres de ceux qui m’ont précédé. Avec toi je l’ai tissé en me projetant vers l’avenir. Grâce à toi je peux prendre à mon compte l’orgueilleuse apostrophe : “Mort, où est ta victoire ?” »

Militant d’une éducation sans compétition, d’une langue qui rapproche et non qui marque les différences, d’une société où le travail ne soit pas la valeur suprême (« Le véritable remède contre le chômage est qu’il n’y ait plus de travail pour personne, mais pour chacun une place dans la société. »), d’une planète respectée, d’un monde sans frontières (« Plutôt que crier “Des papiers pour tous !”, réclamons “Des papiers pour personne !”, ça serait tellement plus vrai ! »), le « professeur » a compris à presque 60 ans que ses « théories » ne valaient que par la confrontation sur le terrain, le partage avec l’autre. Depuis et sans relâche, il fût de tous les combats, disponible, engagé, discret. En un mot, humain.

Texte et photos Thierry Lescant

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