La transition énergétique ou comment créer 700 000 emplois d’ici à 2020

S’il est un sujet aussi incontournable que les prix des énergies concernant tout programme de transition énergétique pour garantir son acceptabilité et son intérêt à moyen terme, c’est certainement l’emploi.

Hélène Le Teno (crédit photo DR)
Hélène Le Teno
(crédit photo DR)

Commençons ainsi par rappeler ce premier principe « physique » qui permet de comprendre pourquoi la transition énergétique peut générer des emplois : les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) sont en soi extrêmement concentrées (contenu énergétique en kWh par kg élevé), créées naturellement à partir de résidus de biomasse (plantes, algues, etc.) au long de l’histoire géologique, et nécessitant peu de bras pour être extraite du sous-sol. Substituer progressivement nos usages d’énergies fossiles (en quantité physiquement finie – et mathématiquement destinées à être toujours plus rares et plus chères) par d’autres énergies (et notamment renouvelables, par exemple à base de biomasse) nécessite en soi un nombre d’emplois supplémentaires par kWh produit (avec les technologies existantes), ces énergies étant moins « concentrées ». Dans un avenir proche, il faudrait donc potentiellement plus de salariés pour les activités de production de nos énergies qu’à l’heure actuelle.

Le deuxième principe de l’équation transition énergétique-création d’emplois tient dans le fait que cette démarche globale nécessite un ensemble conséquent d’investissements pour réduire nos consommations énergétiques (rénovation thermique des logements et bâtiments par exemple). Mais, à défaut d’avancer très vite dans la sobriété et dans l’efficacité énergétique, le corollaire de ce grand principe est qu’il faudra mobiliser plus d’emplois pour « produire » l’énergie, ce qui, au départ, devrait aspirer un certain nombre de salariés actuellement disponibles pour la transformation ou la production agricole et industrielle, sans oublier les métiers de services… Un déséquilibre de départ qu’une réelle volonté politique pourrait pourtant résorber par la mise en place d’une hausse de la fiscalité sur les énergies fossiles permettant d’accompagner en douceur cette transition.

Moins 30 % de CO2 équivaut à créer près de 700 000 emplois

Dans le domaine de la transition énergétique seule, un rapport du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement1 indique que les secteurs favorisés par la transition seraient plus intenses en main d’œuvre que les secteurs pénalisés. Ainsi, les chercheurs Philippe Quirion et Damien Demailly tablent sur un solde net positif de création de près de 700 000 emplois d’ici à 2020 si l’on poursuit un objectif et un plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 30% à cet horizon (voir le graphique ci-dessous). Pour cela, il faudra s’intéresser de très près à un troisième principe : celui de la production agricole et du potentiel économique de nos territoires.

30pourcentCO2

Il nous paraît en effet que la production agricole est un domaine clé de la transition carbone ou de la transition écologique d’ensemble. Une production agricole moins intense en intrants de synthèse (engrais, pesticides) ou en carburants peut offrir des ratios emplois/hectare et emplois/volume de production supérieurs à l’agriculture conventionnelle. La vision du « désert agricole » actuel (en termes d’individus) suffit à se convaincre de la répartition extrêmement contrastée de la population sur le territoire et du potentiel éventuel de création d’emplois productifs sur ces territoires « désertés ». Il ne s’agit donc pas de proposer un « retour aux champs » ou un retour en arrière avec des techniques archaïques mais bien, au contraire, de proposer des emplois productifs rémunérateurs et pérennes dans l’agriculture (ou des emplois à temps partiel permettant un complément de revenu à des citoyens producteurs) moyennant un changement de modèle et un apport de nos connaissances avancées notamment en agro-écologie, en termes simples, savoir produire beaucoup mieux avec beaucoup moins d’intrants mais plus de main d’œuvre.

De cette manière, ces emplois pourraient clairement aider à restaurer un dynamisme économique sur des territoires aujourd’hui délaissés ou sous-estimés (certains espaces ruraux, territoires périurbains), tout en faisant la promotion d’un modèle d’agriculture de qualité, durable, pérenne… et rémunérateur. D’un côté un taux de chômage élevé, des secteurs fragilisés, une crise bien enracinée ; de l’autre de nouvelles activités viables, des territoires propices, un nouveau projet d’avenir stimulant : et si la transition écologique était le chemin collectif pour sortir de l’ornière ?

Hélène Le Teno2

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1. Philippe Quirion (Chercheur Cired/CNRS) et Damien Demailly (WWF-France); -30% de CO2 = + 684 000 emplois ; l’équation gagnante pour la France ; http://www.wwf.fr/pdf/Rapport_WWF_REDUCTION_GES.pdf

2. Co-auteure du livre Miser (vraiment) sur la transition écologique, elle travaille pour le cabinet d’études Carbone 4 et est membre de la commission « gaz à effet de serre » de l’Afnor.

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Miser (vraiment) sur la transition écologique

miserC’est à une mutation profonde de nos modes de vie qu’en appellent Hélène Le Teno et Alain Grandjean dans leur livre Miser (vraiment) sur la transition écologique. De cette mutation qui doit impérativement réconcilier grands enjeux du monde et (petites ou grandes) aspirations individuelles. Dans cet ouvrage, point de culpabilisation ou de leçons de morale, mais un état des lieux minutieux de cette transition énergétique aussi indispensable qu’enthousiasmante. Pour convaincre les plus sceptiques ou les indécrottables allergiques aux sciences, les auteurs s’appuient sur une batterie d’exemples concrets, déjà en marche dans plusieurs territoires de France et du monde. Une transition, tout en énergie et encore en silence, qui nous éclaire sur les choix à faire en termes d’usage de son temps personnel, de son temps travaillé, mais aussi en matière d’usage ou non de son argent, du maintien et de la transmission de ses convictions, ainsi que de la nécessaire pression sur les élus, qu’ils soient locaux, nationaux et européens. En clair, une urgente transition humaine et citoyenne en ces temps de crispations et d’insupportable aggravement des inégalités.

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Miser (vraiment) sur la transition écologique par Hélène Le Teno et Alain Grandjean, Éditions de l’Atelier, 2014, 17 euros.

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