Le chômage au cœur des inégalités : au rapport

Pour sa deuxième édition, le Rapport sur les inégalités en France (par l’Observatoire des inégalités) s’avère être un outil incomparable si on souhaite avoir une vision d’ensemble de la société dans laquelle nous vivons.

De la question des revenus à celle du logement, sans oublier l’emploi ou les inégalités entre les femmes et les hommes, le rapport passe au scanner une société malade de ses inégalités. Il confirme notamment le travail réalisé par le MNCP en 2011 pour ce qui est des chômeurs et précaires.

Publié en plein débats de la séquence électorale législative, le rapport établi sous la direction d’Anne Brunner et de Louis Maurin, résume dans une introduction –Inégalités : une hypocrisie française – une situation qui aurait mérité d’être au centre des échanges :

« Le tableau des inégalités brossé par la seconde édition du Rapport sur les inégalités en France ne pousse pas à l’optimisme. Les classes favorisées, gourmandes, en veulent « toujours plus ». Rien de nouveau, mais le refus de voir les inégalités sociales dont sont victimes les classes populaires, l’exploitation des travailleurs flexibles par des stables, la précarité et le chômage des non-diplômés, conduit à une exaspération qui s’exprime dans les urnes. »
p. 9

On ne saurait mieux dire. Mais encore faut-il s’entendre sur ce que l’on appelle des inégalités. La République ayant inscrit à son fronton l’Egalité comme idéal, on peut constater que dans la pratique ce beau mot d’ordre n’est pas atteint. Pour résumer, les pauvres s’appauvrissent et les riches sont toujours plus riches. Ce mouvement qui n’est réellement discuté par personne trouve cependant des partisans plus ou moins radicaux.

Ainsi, reconnaissons au nouveau président de la République le mérite de la franchise. N’a-t-il pas plaidé pour que les jeunes aient comme ambition de devenir milliardaires ? C’est pourtant faire preuve de mauvaise foi car cela ne prend pas en compte le mouvement réel de la société : les uns se nourrissent de la pauvreté des autres. Si des éléments régulateurs ne sont pas posés au niveau des Etats nationaux et au niveau des institutions supranationales, on assiste à une explosion de la super-richesse dans un monde où le chômage, la faim, la pauvreté conduisent des millions de personnes à la misère et à la mort.

Les évolutions de quelques chiffres clé

Les migrants qui périssent noyés en Méditerranée, les chômeurs qui se suicident, les centaines de morts de la rue dans notre pays dit riche et développé sont autant de symptômes que la question politique n’est pas réglée. Et le chômage dans tout ça ?

On trouvera dans le rapport un développement qui démontre que ce que les auteurs appellent le « mal-emploi » est au cœur des inégalités.

« Selon nos estimations, un peu moins de huit millions de personnes seraient concernées par le mal-emploi si on additionne les chômeurs, les précaires et les découragés du travail. Cet ensemble représente environ un quart des actifs.

Cette situation est ancienne. La dégradation a surtout eu lieu dans les années 1980 et 1990. La poussée du chômage, qui a suivi la crise financière de 2008, a une vigueur exceptionnelle, mais le niveau de chômage ne fait que retrouver celui qu’il avait au milieu des années 1990. Le maintien durable de ce mal-emploi mine la société : au fil des années, une part croissante de la population a fait les frais du chômage et de ses conséquences à un moment ou à un autre. »
p. 85

En fait cet ancienneté du chômage de masse conduit une partie de la population dans une situation qui se perpétue pour certains de génération en génération. Quatre décennies de chômage et de précarité ont engendré le chômage de longue durée, la précarité salariale avec le développement des emplois non CDI à plein temps, la survie en tant qu’allocataire du RSA, ce que les associations de chômeurs observent au quotidien. C’est ainsi que allocataires du RSA ou les personnes privées de toute ressource tendent à être majoritaires dans le public accueilli plutôt que les privés d’emploi en conflit avec Pôle emploi (ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que les chômeurs indemnisables sont moins nombreux à fréquenter les maisons de chômeurs).

« Depuis la crise financière de 2008, le nombre de chômeurs de longue durée a connu une forte hausse. Leur nombre a augmenté de 1,4 million, ce qui se traduit par 522 000 personnes supplémentaires chez les chômeurs depuis un à deux ans, + 328 000 entre un et deux ans et + 568 000 depuis plus de trois ans. Au total, l’ancienneté moyenne du chômage est passée de 392 à 580 jours entre 2008 et 2016. »
p. 89

Alternatives économiques : art. Cinq chiffres à retenir sur l’état des inégalités en France

Selon les auteurs de l’étude, cette population est « peu organisée collectivement » et par ailleurs « les intérêts sont mal représentés. » C’est à la fois un constat partiellement vrai et faux. Il est vrai que l’organisation des chômeurs a des progrès à faire. Mais on peut faire le même constat pour les salariés-es en ce qui concerne leur représentation par des syndicats qui pourtant existent depuis plus d’un siècle et qui bénéficient d’une reconnaissance officielle.

De fait les chômeurs et précaires sont représentés, depuis plus de trente ans par des organisations, même si leur visibilité est faible dans les champs institutionnel et médiatique. Cette situation tient en partie de la non-reconnaissance par les pouvoirs publics, une partie des syndicats et la majorité des grands médias. L’impact du mouvement des chômeurs est largement sous-estimé de la plupart des chercheurs. Il est vrai que l’isolement dans lequel s’est trouvé le mouvement pendant les quinquennats Sarkozy et Hollande n’a pas aidé. Aujourd’hui, alors que se profile de nouvelles et graves difficultés en raison des projets du gouvernement, une partie de nos efforts consiste à sortir du ghetto dans lequel nous avons été enfermés.

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Rapport sur les inégalités en France, édition 2017. Sous la direction d’Anne Brunner et de Louis Maurin, édition de l’Observatoire des inégalités, juin 2017.
176 pages.
ISBN 978-2-9553059-2-8.
8,50 € hors frais d’envoi.

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L’observatoire des inégalités est un organisme privé indépendant / extrait de la présentation :

« La fondation de l’Observatoire des inégalités est liée à la conjonction de deux phénomènes.

1- Nous estimons que la montée des inégalités, notamment sous la pression du chômage et de la dégradation du marché du travail, constitue une menace sérieuse pour la démocratie. Ce phénomène ne pose donc pas uniquement un problème de justice sociale, c’est aussi un problème politique. Non seulement les inégalités offrent un terreau à la montée de l’extrême-droite en Europe, mais elles favorisent aussi tant le scepticisme civique que le cynisme social. L’urgence à agir nous paraît évidente.

2- L’Observatoire n’aurait pas lieu d’être si la collecte et la diffusion des données par les services publics étaient à la hauteur. Ce n’est malheureusement pas le cas. L’appareil statistique français est d’une grande pauvreté dans la connaissance et la mise à disposition d’éléments factuels sur les inégalités. Notre action vise, en révélant les lacunes actuelles, à faire en sorte que les institutions améliorent leurs pratiques dans ce domaine.

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Alternatives économiques, partenaire de l’Observatoire, a également publié à partir du Rapport :
Cinq chiffres à retenir sur l’état des inégalités en France

Le Rapport du MNCP 2011 : 120405_MNCP_CHOMAGE_2011

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