Le droit (opposable) à l’obtention d’un emploi

En ce début du XXIe siècle, certains continuent de penser qu’il ne faut pas « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Certes les Ateliers nationaux, tels qu’ils ont été lancés, ont démontré le contraire de ce qu’ils espéraient pourtant démontrer. La précipitation de leur mise en oeuvre a eu raison de leur finalité. L’idée centrale était pourtant juste et reste incontournable aujourd’hui encore. Ainsi, Victor Hugo, dans un long discours très critique prononcé à l’Assemblée nationale, évoquait cette idée centrale en ces termes : « D’un côté, il existe une quantité immense de travaux possibles, de l’autre, une quantité immense de travailleurs disponibles. » Le rapprochement de ces deux « quantités immenses » n’a pourtant pas été réalisé en 1848. On le voit, sur cette question de l’emploi, la seule bonne volonté ne suffit pas. Pour autant, ce rapprochement reste une question qui se pose encore aujourd’hui. Dans son préambule, la Constitution de 1949 évoque ce « devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi » pour tous les citoyens qui en sont en capacité. Pourtant, plus de soixante ans plus tard, préexiste encore et toujours cette quantité « immense » de travaux et de services non pourvus ajoutée à cette « immense » cohorte de citoyens privés d’emploi. Ce qui représente, au bas mot, des milliards d’heures de travail définitivement perdues pour la collectivité. On le voit bien, quand l’emploi produit des richesses, le chômage, lui, engendre la pauvreté, exacerbe le réflexe de « sauve qui peut » et provoque la destruction du lien social pourtant indispensable à toute réalisation collective et sur la durée.

le droit à l'emploi
© Jean Rouffiac

Les utopistes comme Louis Blanc avaient raison de vouloir réaliser ce rapprochement. Ils ne se doutaient pourtant pas que la Le droit (opposable) à l’obtention d’un emploi technicité nécessaire à un tel projet impliquerait des étapes longues et compliquées. Aujourd’hui, certains continuent encore de penser que « le droit d’obtenir un emploi » devrait devenir un « droit opposable » à l’emploi, comme celui d’être scolarisé ou de vivre sous un toit. Mais, au-delà des idéologies, ce sont des questions très pragmatiques qu’il faut poser et analyser. Par exemple, celle de savoir comment organiser ce rapprochement que chacun considère comme souhaitable en évitant pour autant que le remède devienne, au final, pire que le mal… L’expérimentation de petits « Territoires zéro chômage de longue durée » portés par ATD Quart Monde devrait contribuer à cette réflexion ambitieuse et à la description pratique des conditions nécessaires à son succès.

Patrick Valentin

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