Le « groupe formateur », un producteur de pratiques collectives

Récemment mis en place à Colmar ou à Belfort, ces groupes ont pour objectif de former les bénévoles des associations à travailler sur la défense des droits individuels et collectifs et de sortir d’une seule démarche de « consommation ».

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Le groupe formateur de Belfort (crédit photo MNCP)

Les politiques publiques et sociales actuelles renvoient toujours à l’isolement : on traite les personnes individuellement sous prétexte que chaque cas est particulier ; on les reçoit derrière un guichet ; c’est le spécialiste ou l’expert qui est censé avoir le savoir (et le pouvoir), et en face la personne qui est censée devoir être guidée, accompagnée, prise en charge. Toutes ces politiques mises en place par les pouvoirs publics divers favorisent la dépendance et l’assistanat, que d’aucuns (comme M. Wauquier) se feront un plaisir ensuite de dénoncer. C’est pourquoi il faut construire d’autres pratiques qui permettent de sortir de l’isolement, de construire des solidarités, du collectif.

La constitution d’un « groupe formateur » permet de mettre tout le monde à égalité : même l’animateur (ou le salarié de l’association) doit être capable de dire « Nous, les chômeurs… » : il n’est pas celui qui sait tout. L’échange, autour de la défense des droits et de la recherche d’informations, permet de trouver des solutions communes. On vient ainsi au groupe parce qu’on veut sortir de l’isolement et, parfois, pour rencontrer d’autres personnes. On fait aussi cette démarche parce qu’on a un gros problème (difficulté dans la recherche d’emploi, problème d’indemnisation, d’indus ou de radiation, …). Et, beaucoup plus souvent, pour croiser nos expériences et connaissances. Tout le monde apprend. On n’aide pas, on s’entraide, et ce n’est pas la même chose. Il n’est donc pas rare de voir celui qui venait pour être aidé enrichir très rapidement le groupe de son expérience. Et c’est lui-même qui trouvera ses propres solutions suite aux débats avec les autres.

A fréquence régulière, le « groupe formateur » en vient rapidement à rechercher des pratiques différentes, d’échange, de partage ou de vie collective. Comme des sorties conviviales et culturelles ou des visites d’entreprises. Sans oublier toutes les actions auprès des pouvoirs publics et des décideurs pour améliorer les droits et conditions de vie des chômeurs et précaires – cela va de la participation à une manif, jusqu’au dialogue et à la rencontre des décideurs ou encore par l’apprentissage du dialogue et de la représentation auprès des institutions. Et plein d’autres pratiques que mettent en place des associations lorsque l’on passe du « dire ensemble » au « faire ensemble ».

Dans la pratique, ça ne se fait pas tout seul. Ce n’est pas toujours simple et compris du premier coup. Mais c’est ainsi que l’on se forme, que l’on progresse, que les solidarités se construisent. A l’exemple des groupes de Colmar ou de Belfort qui se sont, après un an de fonctionnement, constitués en association pour l’amélioration des droits et conditions de vie des chômeurs et précaires et pour élaborer ensemble d’autres pratiques de promotion collective et d’éducation populaire.

Marc Desplats, administrateur du MNCP, chargé de la formation Défense des droits

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Être acteurs (texte MNCP de 2002)
Les associations de chômeurs, précaires et sans-emploi, entendent rompre avec les logiques qui définissent les chômeurs comme des objets de soins et non comme des acteurs. Elles entendent rompre avec les logiques :
• d’assistanat qui considèrent les chômeurs comme des cas à encadrer et à contrôler
• administratives qui réduisent les chômeurs à des problèmes à traiter en fonction de règlements bureaucratiques
• caritatives qui voient les chômeurs comme des malheureux à secourir et à protéger

À ces « logiques assistancielles, administratives ou caritatives », les associations substituent des logiques de solidarité et de réciprocité : les chômeurs ne sont plus des usagers, des cibles, des clients, des publics… mais des acteurs et des producteurs de pratiques collectives. Les activités des associations ne sont pas constituées pour les chômeurs, mais avec et par eux.

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