Les effets psychologiques du chômage

Considérer l’arrivée du chômage en France depuis les années 1970 serait restreindre ce fléau à une période économique limitée. Bien que l’Europe soit en grande difficulté pour résoudre l’expansion des pertes d’emploi et de leurs effets sur les populations, le chômage a engendré depuis plusieurs siècles certes des insuffisances de toute sorte mais aussi et surtout des carences de reconnaissance sociale pour ceux qui vivent cette situation.

Une histoire d’exclusion

Le verbe « chômer » (19e siècle) indique un arrêt de l’activité, une perte de salaire. La condition des ouvriers en France est alors miséreuse. Cependant ces situations extrêmes n’entament pas la considération de l’individu pour lui-même car il travaille, alors que le chômage prive de revenus et d’estime de soi. Un ouvrier des usines Caterpillar, après des tentatives collectives et vaines de lutte contre la fermeture de l’établissement disait, en état de sidération : « Nous ne sommes rien, nous n’existons pas, l’ouvrier n’existe pas, il n’est rien. »

Des recherches montrent les impacts d’une telle situation. Une étude décrit les effets du chômage structurel sur les chômeurs. Première œuvre de référence sociologique sur le chômage et la pauvreté, « Les chômeurs de Marienthal »1 démontre que ces derniers ne résistent pas, ne se révoltent pas. Et ce, malgré la fermeture de cette usine textile qui employait 450 des 478 familles que comptait cette ville allemande. Comment expliquer les réactions d’abandon de ces individus par et face à leur environnement social ? C’est la question encore posée aujourd’hui.

L’altérité, la reconnaissance, le travail

En parallèle des luttes politiques indispensables, peut-être serait-il opportun de revenir à une notion d’altérité. Le demandeur d’emploi, l’allocataire du RSA, peut s’en sortir à condition déjà que je le reconnaisse comme moi-même et dans toutes ses potentialités. Les mythes fondateurs nous enseignent que « se défendre de la mort » ne pouvait se faire que par le travail, les métiers, la guerre, l’amour. Or le précepte du travail souffre du chômage. Beaucoup de nos concitoyen(ne)s y sont confronté(e)s. Lutter contre la mort, ce serait transformer la matière endogène et exogène, travailler sur notre évolution personnelle et sur l’évolution environnementale. Or, l’équilibre est précaire car deux de ces axes sont absents dans le chômage et les nouvelles formes de travail.

Catherine Bernatet,
auteure de « L’insertion est une relation : une autre façon de combattre le chômage »
paru en 2010 aux Editions de l’Atelier.

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1. Cette enquête de Marie Jahoda et Hans Zeisel a été réalisée en 1931 sous la direction de Paul Lazarsfeld et entreprend de radioscoper une population soumise à la gangrène du chômage.
« Les Chômeurs de Marienthal », traduit de l’allemand et présenté par Françoise Laroche.
Préface de Pierre Bourdieu, 1982, Collection « Documents » 144 pages, 9,00 €.

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