Les Euromarches, un réseau européen de luttes contre le chômage, la précarité et les exclusions

Après les Marches de 1994, organisées dans toute la France, les collectifs de chômeurs ont rapidement constaté que leurs luttes se heurtaient au mur des cadres nationaux, que la source du chômage était très liée aux politiques économiques de l’Union européenne et que c’était donc au niveau européen qu’il fallait poser le problème et agir.

Marches Europeennes
Les marches européennes contre le chômage, la précarité et les exclusions (© http://www.euromarches.org)

D’où l’idée de cet appel lancé en juin 1996, à Florence, pour organiser des marches contre le chômage et la précarité dans toute l’Europe. Préfigurant ce que seraient les forums sociaux, cet appel s’adressa à toutes les organisations des mouvements sociaux. Après deux mois de marches depuis Tanger, Sarajevo, la Finlande, la Pologne, la Grande‑Bretagne… près de 50 000 personnes ont fini par converger sur Amsterdam. Avec pour résultat d’influer sur ce sommet de l’UE qui prendra cette décision de réunir, chaque année, un comité spécifique chargé de réfléchir aux questions liées à l’emploi. Le premier de ces comités s’est tenu au mois d’octobre suivant, au Luxembourg. En cette année 1997, l’emploi est désormais inscrit au rang des objectifs de l’Union européenne et une coordination des politiques d’emploi des Etats membres est envisagée. C’est suite à cette avancée citoyenne décisive que les organisations de la Marche d’Amsterdam décident de pérenniser le réseau des Euromarches.

Au mitan des années 90, ce réseau vit au rythme des mobilisations lors de sommets européens comme ceux de Cardiff, Vienne, Lisbonne, Cologne, Nice, Bruxelles, Göteborg et Séville. Sans oublier, les sommets mondiaux de Gênes et de Rostock. Dans ces cortèges, nous avons énormément appris du collectif belge et notamment à décrypter les textes des institutions européennes. Ainsi, nous avons été dans les premiers à nous mobiliser contre la Charte des droits fondamentaux de l’UE proclamée à Nice en 2000. C’est bien cette alliance entre mobilisations et capacités d’expertises qui furent les piliers du réseau, notamment après le sommet de Lisbonne qui initia le processus conduisant à la généralisation de la précarisation des emplois dans toute l’Union européenne, renforcée à chaque élargissement de celle-ci, avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui !

Autre caractéristique importante du réseau : la recherche de revendications capables d’unifier des luttes à l’échelle européenne. Les mouvements se sont construits dans les cadres nationaux à partir de revendications communes. Quelles revendications d’unité au niveau européen sont-elles capables de fédérer les mouvements (revenu, temps de travail) ? Nous devons aussi malheureusement faire le constat, que malgré tous nos efforts, nous n’avons pas réussi à faire bouger toutes les lignes et que le « processus » de Lisbonne, loin de s’attaquer au chômage, a fini par généraliser, comme prévu, la précarité dans toute l’Europe.

Concernant la lutte contre le chômage et surtout la précarisation des emplois et de nos vies, nous continuons à mutualiser ce qui se passe dans les différents pays. On note une évolution dans le monde syndical et l’on voit émerger de nouvelles associations et collectifs de jeunes précaires qui ne se reconnaissaient pas comme « chômeurs » mais rejoignent les objectifs de luttes des associations existantes, voire les structures syndicales qui leur semblent proches de leurs expériences.

Années des crises : une nouvelle donne, de nouvelles responsabilités

Au-delà des questions liées à l’emploi, nous sommes de plus en plus confrontés à la paupérisation massive des peuples au profit des quelques oligarques. Au moment où nous revendiquons un salaire minimum européen, les Euromarches font aussi campagne pour des revenus adéquats permettant aux gens de vivre et non de survivre. Ainsi, un cinquième de la population européenne, particulièrement dans les pays de l’Est, vit-elle déjà en‑dessous du seuil de pauvreté. Cela va encore s’amplifier dans les mois et années qui viennent alors que l’Europe demeure le continent le plus riche de la planète !

Il y va même de la disparition de la notion de « chômeur », homme ou femme ayant travaillé et cotisé à une assurance en cas de perte de son emploi. Cette assurance se transforme en « aide sociale », emplois partiels contraints, particulièrement pour les femmes. Des pays comme la Hollande parlent, maintenant, des chômeurs en terme « d’handicapés sociaux » que l’on ne peut aider à survivre qu’en contrepartie de travaux soi-disant « civiques ». On ne peut ni choisir ni refuser un travail imposé par la contrainte. Ou alors cela s’appelle du « travail forcé »…

Tout cela pour dire que tant les Euromarches que les diverses composantes des mouvements sociaux et politiques doivent aujourd’hui repenser au plus vite leurs objectifs, leurs stratégies, leurs alliances pour répondre à une situation que personne n’avait prévue aussi dégradée, avec des nuages de plus en plus menaçants à l’horizon qui rappellent les années 30. La percée de Syriza en Grèce, coalition politique, syndicale et associative, montre aussi qu’il y a toujours de l’espoir, que le pire n’est pas inéluctable.

Michel Rousseau, membre d’AC !

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