Les fronts de résistance du réseau No Vox

Présent dans seize pays, No Vox est un mouvement de « sans ». Né en 2002, lors du premier Forum social européen de Florence, ce réseau n’a depuis cessé de démontrer que la lutte doit partir de la base et être menée par elle. Aux noms de ces droits fondamentaux que sont le droit à disposer d’une terre saine, d’un travail déclaré et d’un logement décent. Retour sur treize ans de combats en textes et en images.

No Vox est une réponse à toutes ces structures qui ont pris l’habitude de parler à la place des « sans-voix ». Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les plus fragiles sont les principaux acteurs de leurs luttes. Les « pauvres du monde entier » n’attendent pas de se faire aider par les ONG occidentales pour voir leurs droits reconnus par les États. A l’image de ces employées domestiques maliennes (voir photo ci-contre) qui se sont fédérées pour faire respecter leurs droits sur des questions de temps de travail et de rémunération. Un exemple parmi tant d’autres qui démontre l’autre force de No Vox : le rôle déterminant des femmes dans la conduite et l’issue des mouvements sociaux.

No Vox
© No Vox

No Vox est né en 2002, lors du premier Forum social européen (FSE) de Florence. Et est parti du constat qu’il fallait mettre en place des espaces de convergence à la fois entre les différents mouvements et leurs objectifs. Avec le but premier d’interpeller les organisateurs de ce forum sur la participation et la prise en compte des analyses et des alternatives proposées par les mouvements des citoyens les plus discriminés.

Cette réflexion a duré toute une année avant de se concrétiser en janvier 2003, lors du 3e Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre. Droit au logement (Dal) et le Mouvement national de lutte pour le logement brésilien ont profité de ce que les médias du monde entier étaient braqués sur le FSM pour réquisitionner un immeuble inoccupé du centre-ville de Porto Alegre. Par cette action concrète, il s’agissait de montrer qu’il était possible de créer un rapport de force avec les autorités publiques et les propriétaires privés.

No Vox
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No Vox est né en portant le combat du droit au logement. Depuis plus de dix ans, le réseau démontre que la lutte doit partir de la base et doit être menée par elle. Cela, aussi bien dans des pays dits « tiers » que dans les pays développés. Il n’y a pas qu’en Afrique ou en Amérique latine que la question de la conquête des droits fondamentaux à disposer d’une terre saine, d’un travail déclaré et d’un logement décent se pose. Au Japon, No Vox a soutenu l’interminable lutte des sans-abri du « parc Nike ». En plein coeur de Tokyo, dans l’arrondissement de Shibuya, une centaine de SDF ont mené la résistance face à l’équipementier états-unien pour conserver un accès au parc Miyashita où ils avaient l’habitude de planter leurs tentes. Dans ce pays où les plus fragiles sont sévèrement réprimés, les autorités ont permis la transformation d’un jardin public en un parc d’attraction privé avec construction de skate-parks ou de terrains de squash contre 17 millions de yens. Une décision qui a vu la mobilisation s’étendre jusqu’à Paris où le boycottage de la boutique des Champs-Élysées a légèrement fait vaciller la célèbre marque à la virgule qui a depuis laissé libre l’accès à une partie du parc.

No Vox
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Au Japon, avec les sans-abri de Miyashita, comme au Brésil, lors du dernier Mondial avec le mouvement la « Coupe est pleine » dénonçant les expulsions de population à l’abord des stades, No Vox milite contre la privatisation de l’espace public. En Europe, nous sommes par exemple confrontés, depuis vingt ans, au lobbying mené par le Marché international des professionnels de l’immobilier (Mipim) qui se réunit chaque année à Cannes. Bien confortablement installés dans les salons feutrés d’hôtels cinq étoiles, ses membres mettent en coupe réglée le foncier français, espagnol, grec ou portugais. Alors même que l’espace public est une continuation de nos quartiers, de nos maisons et ne devrait pas être confié à des spéculateurs sans scrupules. Pour riposter aux prétentions des participants du Mipim, le Dal et No Vox vont pouvoir s’appuyer sur cette lutte de terrain menée par des militants qui combattent la généralisation des bidonvilles en Inde.

No Vox
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Par ces mobilisations, le réseau No Vox est en train de constituer un véritable front de résistance. Reçus en audience par le pape François, le vendredi 29 octobre 2014 au Vatican, une centaine de ses représentants sont ressortis plein d’énergie de cette rencontre. « La terre, le travail et l’habitat sont des grands problèmes et défis qu’affronte la famille humaine », a déclaré le souverain pontife au deuxième jour de cette première Rencontre mondiale des mouvements populaires qui s’est tenue à Rome du 28 au 30 octobre 2014. Un constat fort, à la base même de la doctrine sociale de l’Église, repris par le réseau No Vox : « Cette rencontre a permis de réaffirmer les droits fondamentaux des peuples et d’étudier les alternatives concrètes comme l’économie populaire, les expériences d’entreprises récupérées, les nouveaux modèles agricoles face à l’agro-industrie, la réhabilitation des quartiers urbains ou le développement du droit à la ville. » Mobilisés plus que jamais dans la poursuite de cette bataille mondiale en faveur des droits humains et contre toutes les discriminations sociales, économiques, civiques, culturelles, raciales et sexuelles…

Juliana Smith, membre de Droit au logement et du réseau No Vox.

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En savoir plus :
Droit au logement (Dal)
29 avenue Ledru-Rollin, 75012 Paris
Fédération nationale : 01 40 27 92 98
Association parisienne : 01 42 78 22 00
www.droitaulogement.org
No Vox : www.no-vox.org

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