Plus noir dans la nuit, la grande grève des mineurs de 1948 – Dominique Simonnot

plus_noir_dans_la_nuitPlus noir dans la nuit, c’est le titre d’un ouvrage de Dominique Simonnot, journaliste, sur la grande grève des mineurs de 1948.

Il est vrai que les grèves comme tous les mouvements sociaux sont d’autant plus grands qu’ils sont lointains. Mais au sortir de cette épopée, la grandeur est évidente et le silence qui l’entoure aujourd’hui n’en est que plus révoltant.

C’est d’abord un livre d’histoire que l’on découvre. Solidement charpenté, étayé de documents et de témoignages de première main, et assis sur une narration parfaitement efficace, Dominique Simonnot nous relate avec conviction une page d’histoire sociale saisissante et pourtant oubliée en dehors des cercles militants. On y lit la vie des mineurs, les combats des mineurs, ce monde où la lutte des classes n’est pas qu’un axiome marxiste mais le vécu quotidien d’une discrimination entre riches et pauvres qui va jusqu’à la qualité du charbon fourni aux salariés des houillères !

C’est ensuite le livre d’un combat. Celui, dantesque, des mineurs grévistes de 1948 contre des décrets qu’on appellerait volontiers « scélérats » visant à réduire les mineurs dans la précarité et à les remettre totalement à la main des houillères. Contre ce retour dans Germinal, les mineurs, et leur famille, se sont dressés et ont lutté, nombreux, mais seuls contre tous. Victimes de la rapacité des houillères, des querelles et des calculs entre les syndicats, d’un gouvernement d’ordre et pourtant socialiste qui n’agit que dans l’obsession d’une subversion stalinienne.

C’est enfin le livre d’une vie, et même de plusieurs. De ces mineurs, qui, licenciés, ont été exclus de leur vie par celle qui la possédaient, la compagnie des Mines. Nous suivons leur combat pour survivre, pour se reconstruire, pour permettre à leur enfant de bâtir leur propre vie. Nous sommes embarqués par le force de leur témoignage, par leur engagement collectif, par leur ténacité infinie pour faire reconnaître et, osera-t-on le dire, réparer une injustice collective. Leur lutte est simple et immense : faire reconnaître la violence injuste d’un État qui par intérêt autant que par peur à envoyer l’armée massacrer des salariés en lutte pour leurs droits, faire reconnaître par les tribunaux des licenciements abusifs et les traitements honteux dont ils ont été les victimes, et faire admettre par l’État qu’il a failli dans son rôle et ses missions.

Y sont-ils parvenus ? La réponse est compliquée. Oui, ils ont obtenu quelques réparations, signes qu’il y avait bien quelque chose à réparer ; oui, ils ont obtenu du bout des lèvres une reconnaissance d’une certaine responsabilité, morale, du pouvoir, pour le traitement indigne dont ils ont été les victimes. Mais, d’un autre côté, leur vie brisée ne sera jamais recollée ; ce qu’on leur doit ne leur sera jamais donné et ce qu’on leur a fait ne sera jamais reconnu. Comment trancher ? En tout état de cause, ce livre dense et clair leur rend justice et hommage, transmettant l’admiration, l’affection et le respect qui leur est dû. Savoir et se souvenir, c’est peu mais c’est déjà beaucoup.

Pierre-Édouard Magnan

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Dominique Simonnot, Plus noir dans la nuit, la grande grève des mineurs de 1948, Paris, Calmann‑Levy, 2014, 272 p., 17,50 €.

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