« Nous vivons dans un monde fini, dont il faut repenser le développement sur de nouvelles bases »

Dominique Potier
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Député de Meurthe-et-Moselle, Dominique Potier* fait partie de ces élus qui ont non seulement décidé de soutenir le projet d’ATD Quart Monde mais choisi de travailler sur une proposition de loi permettant de tester cette idée à l’échelle de petits territoires. La tribune qui suit est extraite d’une lettre qu’il avait adressée à l’équipe d’ATD lors des dernières finitions du projet.

Il y a deux manières pour les élus que je représente1 d’accompagner ce travail. Premièrement, de l’accueillir sur les territoires comme c’est déjà le cas à Redon (lire notre reportage pages 18 et 19, ndlr) ou sur celui d’une communauté de communes de mon département qui s’y prépare. Deuxièmement, de faire bouger la loi comme nous avons déjà commencé à le faire lors d’une réunion de préparation à l’Assemblée nationale où, avec mon collègue Laurent Grandguillaume, nous avons été étonnés de constater la présence d’une quinzaine de députés, ce qui est rare sur ces questions. Ainsi, nous avons pu débattre du projet « Territoires zéro chômeur de longue durée » entre nous.

Premier constat, cette démarche nous invite à réfléchir autrement. Aujourd’hui, on sait que l’on a un problème d’objectif de croissance faible et qu’il faudra sûrement penser notre avenir dans une croissance quantitative diminuée. Ce qui n’empêche en rien une croissance qualitative forte. Nous vivons dans un monde fini, dont il faut repenser le développement sur de nouvelles bases. L’expérimentation « Territoire zéro chômage de longue durée » portée par ATD Quart Monde nous invite, en définitive, à entrer dans ce « monde d’après » qui n’a plus les mêmes références que celui que nous connaissons.

Pour autant, et c’est là mon deuxième constat, lors des discussions à l’Assemblée, des « points d’attention » ont fini par être soulevés par des collègues. Ils ont notamment insisté sur quelques points déterminants comme par exemple celui de ne pas disqualifier les autres démarches d’entreprises entamées sur ces territoires ou de ne pas court-circuiter des dispositifs déjà existants comme les contrats aidés, dont les contrats d’insertion par l’activité économique.

Car, sur cette question du chômage de longue durée, il existe déjà de fortes volontés sur les territoires et de belles réussites à mettre au crédit de collectivités et d’entrepreneurs locaux. Il ne s’agit donc pas ici de dire que la révolution copernicienne proposée par ATD disqualifie les autres démarches mais d’affirmer que s’il faut soutenir cette expérimentation, il ne faut pas faire de promesse intenable. Par exemple, peut-on faire la promesse qu’un secteur nouveau permette de mettre durablement en activité toutes les personnes sur ces territoires ? Rien n’est moins sûr. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que sur le plan philosophique – et on ne fait pas assez de philosophie en politique – c’est traditionnellement l’Etat qui assure la protection des plus pauvres avec un dialogue souvent bilatéral entre État et individus. Avec ce projet, ATD et tous ses partenaires réinventent la dimension « communauté », comme on l’a connu à l’époque de Bertrand Schwartz2 qui disait que c’est un territoire qui fait cause commune. En somme, une multitude de territoires qui doivent faire rempart à la crise.

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* Issu du milieu associatif et du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC), Dominique Potier est un ancien agriculteur bio élu député de la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle lors des législatives de 2012.

1. Il s’agit de Mathieu Klein, président du conseil général de Meurthe-et-Moselle et des députés socialistes, Laurent Grandguillaume, élu de la Côte-d’Or ; Christophe Sirugue, élu de Saône-et-Loire et Jean-René Marsac, élu d’Ille-et-Vilaine.
2. Ancien directeur de l’école des mines de Nancy, il a participé au lancement de l’association « Moderniser sans exclure », destinée à la lutte contre l’exclusion des personnes à faible niveau de qualification, ainsi qu’à la mise en oeuvre du programme Nouveaux services – Emplois jeunes.

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