Produire plus, polluer moins : l’impossible découplage ?

Produire plus, polluer moinsLes grands livres ne se mesurent pas à leur épaisseur. Ce petit ouvrage nous instruit de façon très pédagogique. Les économistes marxistes autant que les néoclassiques soutiennent que la croissance provient de l’accumulation du capital. Pas tout à fait répondent, graphiques à l’appui, les cinq auteurs. L’augmentation du Produit intérieur brut (PIB) qui mesure la croissance est totalement corrélée à la consommation d’énergie primaire carbonée d’une part et à la consommation de matières d’autre part. Mesurée depuis 1970 à nos jours, sur une quarantaine de pays, dont ceux de l’OCDE, une augmentation de 10% d’énergie primaire induit une croissance du PNB par habitant de 6%. On voit venir les problèmes : d’une part, l’énergie primaire est sur une pente de production déclinante et conserve ses caractéristiques polluantes ; d’autre part, la demande de matières, minérales, énergétiques, biomasse, explose alors que les ressources sont de plus en plus difficiles à extraire et mobiliser, avec là-aussi de graves conséquences environnementales. C’est pourquoi la croissance si désirée, pour des raisons plus ou moins nobles – volonté de puissance pour les uns, espoir de conserver ou trouver un emploi pour les autres – cette croissance donc a disparu. Peut-on alors imaginer de découpler les deux rapports PIB/Energie et PIB/Matières ? Peut-on, en d’autres termes, produire plus et polluer moins ? Les auteurs scrutent les périodes, les Etats ou les régions du monde où cela se serait produit. Ils trouvent et décrivent quelques exemples de découplage relatif. Mais le système-monde étant ce qu’il est, les progrès réalisés dans les régions développées sont contrebalancés par la croissance des pollutions et extractions d’autres continents exportateurs de matières premières. Que faire ? « La croissance passée a été largement liée à un accès aisé et peu coûteux à l’énergie, une condition en passe désormais d’être derrière nous, l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis n’apportant qu’un sursis temporaire. » Qu’en déduire ? « Qu’il va falloir modifier radicalement nos façons de nous nourrir, de nous loger, de nous chauffer, de nous éclairer, de nous déplacer, de nous habiller, de nous soigner, pour les rendre moins dévoreuses d’énergie et de matières. » Tout le quatrième et dernier chapitre dont ces lignes sont issues serait à citer. Autant le lire et découvrir un programme politique, écologique et social qui s’adresse aux États – coopération versus confrontation – aux entreprises et aux producteurs – essor de biens et services réellement soutenables, nouvelle base pour le partage des richesses. « La remise en cause du contrat social antérieur, associant croissance du PIB, consommation de masse et énergie bon marché, ne peut se faire par l’imposition de mesures «vertes» marginales : un nouveau contrat social-écologique doit être proposé au citoyen. »

Jacques Grall

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Thierry Caminel, Philippe Frémeaux, Gaël Giraud, Aurore Lalucq, Philippe Roman
Produire plus, polluer moins : l’impossible découplage ?
Les Petits Matins, octobre 2014, 78 p., 10 €

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