Révolutions précaires : essai sur l’avenir de l’émancipation

 

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Peut-on trouver aujourd’hui dans le vocable « précaire », une voie d’émancipation d’un monde du travail aux contours parfois asservissants pour les travailleurs ? Est-il possible de se dégager de l’austérité, voire du manque d’espoir subit par toute une catégorie de salariés qui supportent la fragmentation et de flexibilisation du travail, par l’accès à une créativité libératrice ? Patrick Cingolani le pense et démontre une possible conception et mise en oeuvre de « formes de travail libérateur » par les actifs et notamment par les jeunes salariés du domaine professionnel de la culture.

Il existerait donc pour le sociologue des figures « d’émancipation des précaires ». Bien que les pratiques présentées dans ce livre attestent une large domination des individus, des façons inédites de penser et d’agir l’activité stimuleraient des pistes d’indépendance salvatrice. Une soif d’émancipation, au cœur de ce lieu d’expériences unique pour le développement de soi que permet le travail, viendrait contrebalancer les effets aliénants des conditions d’exercice des métiers. Les effets destructeurs de la crise économique et la perspective d’un chômage latent poussent aujourd’hui de nombreux jeunes à poursuivre leurs études.

Cependant, le rapport au travail des jeunes précaires « des industries culturelles » montre une autre espérance pour tous les travailleurs. Ils affirment et soutiennent un désir de réalisation de soi. Même si cette tentative est perpétuellement menacée par des dangers d’asservissement et d’exploitation. Patrick Cingolani en appelle au philosophe plébéien Louis Gabriel Gauny dont le témoignage, mis en perspective avec les réalités vécues sur le terrain de l’emploi, atteste à la fois les difficultés mais aussi les aspirations pour une autonomie du travail en gestation.

Au fond, cette manière de se dégager des tentatives de domination pourrait soutenir l’élaboration d’un projet novateur et courageux de refonte des forces en jeu dans le rapport entre salariés et patronat. Ce salariat douloureux puiserait donc des ressources dans sa puissance d’affirmation de soi et dans son désir vigoureux de modes de vie fondés sur l’autonomie. On assisterait à une forme inédite de solidarité qui engage à oser des propositions de sortie de l’ostentation capitaliste et d’une probable catastrophe écologique.

Catherine Bernatet

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Patrick Cingolani
Révolutions précaires : essai sur l’avenir de l’émancipation
La Découverte, 2014, 148 p., 13 €

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