Santé et travail à la mine (XIXe-XXIe siècles)

SanteTravailMineLe premier intérêt de ce recueil d’articles est dans son titre. En effet, la mine n’a pas disparu, ses souffrances, l’exploitation des hommes et des femmes, la vie collective qu’elle produit, les rapports de forces qu’elles fabriquent, tous ces éléments se retrouvent depuis le XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui et partout où l’on cherche du minerai, principalement du charbon. Charbon en passe d’ailleurs de redevenir la 1re source d’énergie au monde, et donc de maintenir la mine au cœur de l’actualité sociale, et les mineurs au cœur des combats pour défendre et promouvoir les droits des travailleurs.

Si l’histoire minière est riche de travaux, l’originalité de cet ouvrage tient dans son prisme : la question sanitaire. L’auteure nous emmène à la rencontre des mineurs et de leurs conditions de travail, d’une vie enserrée dans la quasi-certitude de l’accident et de la maladie.

Impossible de relater de manière exhaustive le panorama que nous présente ce recueil. Parmi les aspects étudiés, mentionnons ces femmes dans les mines d’Écosse au XIXe, victimes si nombreuses de la mine et qui en ont été peu à peu sorties pour des raisons de moralité plus que par souci d’humanité, les différences de genres telles que l’on se les imaginait se brouillant dangereusement. Soulignons aussi la situation des mineurs d’uranium africains dont l’exposition à la mort n’a longtemps été considérée que comme un élément de contexte impondérable. De même pour les mineurs chinois, acteurs et victimes d’un désastre sanitaire si connu et tant ignoré.

Au-delà de la question sanitaire, ce livre renvoie aussi à toutes les catégories souffrantes et exploitées, et, dans Partage, on pense aux chômeurs et aux précaires. Et des points communs apparaissent : l’isolement qui crée de l’indifférence sociale, les coups d’éclats qui seuls suscitent l’intérêt des media, et la nécessité autant que la difficulté à organiser l’action collective. Au travers du besoin de s’exprimer et de la difficulté à le faire, des expériences collectives et de leur fragilité dans la durée, toutes les contributions, au‑delà de l’étude de situations souvent terribles et révoltantes, sont aussi un hymne d’espoir, une incitation à la persévérance collective pour conquérir de nouveaux droits. La recherche scientifique se lie ici avec l’humanité en action, et l’on ne peut que saluer une telle réussite. Aussi passionnant que revigorant en cette période.

Pierre-Edouard Magnan

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Santé et travail à la mine (XIXe-XXIe siècles)
Judith Rainhorn, Préface de Pierre-André Rosental
Septentrion, avril 2014, 306 p. 27 €

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