Sur les chiffres du chômage

La DARES (ministère) et Pôle emploi publient, aujourd’hui lundi 26 juin 2017, les statistiques du mois de mai sur les personnes inscrites dans les agences du service public de l’emploi. Ces statistiques sont l’objet de déclarations, de commentaires et de manipulations que le mouvement des chômeurs a depuis longtemps dénoncés. Pour autant, nous l’avons aussi souligné, ces chiffres ne sont ni faux ni inutiles, ils sont simplement une des méthodes de comptage parmi d’autres. Ils ne comptabilisent que les inscrits à Pôle emploi et ne rendent pas compte de la réalité du chômage. Par ailleurs, ils font l’objet de commentaires par les pouvoirs publics et les grands médias qui ne prennent en compte que la catégorie A (il y cinq catégories), de même qu’ils n’en retiennent pas les chiffres concernant les DOM-TOM. Il s’agit ni plus ni moins d’une manipulation ayant pour but de minorer la vision statistique de l’ampleur du chômage.

Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail, a récemment annoncé son intention de ne plus commenter les chiffres mensuels du chômage (voir le communiqué). On pourrait y voir l’intention louable de ne pas faire de commentaires à chaud sur des chiffres fluctuants parfois fortement d’un mois sur l’autre. Cela nous épargnera la démagogie dont ont fait preuve les gouvernements à ce sujet depuis quarante ans. Sur le fond, cet absence de commentaire ne changera pas la réalité et le niveau du chômage et de la précarité.

Nous publions dans ce dossier un rappel fort utile sur la question des chiffres du chômage émanant de l’Institut de Recherches Economiques et Sociales (IRES) ainsi qu’un extrait du rapport établi par le MNCP et publié en avril 2012 : Pour en finir avec les statistiques. Le communiqué DARES – Pôle emploi pour le mois de mai 2017 est également téléchargeable.

Dossier : les chiffres du chômage

1 / présentation de la publication de l’IRES

Pour sortir des mauvais chiffres du chômage

Fin mai, le service statistique du ministère du travail a publié, comme il est d’usage, les statistiques mensuelles sur les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle Emploi du mois précédent. Dans la foulée, le ministère du travail a annoncé qu’il ne commenterait pas ces statistiques en raison de leur origine administrative et de leur périodicité mensuelle, désirant désormais privilégier «le taux de chômage défini par le Bureau international du travail, selon les normes statistiques internationales, et publié tous les trimestres par l’INSEE».

Le communiqué de presse ministériel se conclut par l’annonce d’une saisine des «autorités et organismes compétents de façon à réfléchir, avec eux, aux moyens de mieux éclairer le débat public à l’avenir, dans un double objectif de pertinence et de transparences accrues». Cette démarche peut être l’occasion d’une évolution substantielle et bienvenue des pratiques en vigueur. Elle pourrait permettre de sortir enfin des mauvais chiffres du chômage, au bénéfice de la qualité du débat public et des exigences déontologiques de la Statistique publique.

A cet effet, cette courte note propose de revenir sur certains points clés. Elle s’appuie principalement sur une contribution rédigée en 2015 pour un groupe de travail du Conseil national de l’information statistique (Cnis) sur les améliorations à apporter à la publication des statistiques du marché du travail (Jugnot, 2015).

Stéphane Jugnot, chercheur associé à l’IRES.

Télécharger le document de l’IRES : Eclairage_5_Chiffres_du_chomage

 

2 / Extrait du rapport MNCP 2012

CHIFFRES DU CHOMAGE

« On ne peut réduire les chiffres…
« On ne peut réduire les chiffres du chômage à un unique indicateur en se focalisant sur des catégories restreintes de la population au chômage. »
Ludovic Bourlès, statisticien Insee

Pour en finir avec les statistiques

D’une façon générale, les chômeurs reçoivent les chiffres du chômage avec un scepticisme évident. Les chiffres sont-ils faux ? Ce n’est pas le problème. Mais la difficulté commence à partir du moment où ils sont publiés et commentés.

Par exemple, le grand public est désormais familiarisé avec la publication mensuelle des chiffres du chômage de la DARES / Pôle emploi. Sur le papier le principe de cette statistique est simple puisqu’elle comptabilise le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi en fin de mois. Et pourtant à peine publiée, le chiffre est l’enjeu d’un débat. Ministres et grands médias reprennent à l’envie les seuls chiffres de la catégorie A des demandeurs d’emplois1 qui minorent le taux de chômage. Ceux-ci excluent les salariés précaires, y compris les allocataires du RSA qui ont un contrat de quelques heures par semaine.

L’écart est important. Si l’on prend pour exemple les chiffres de décembre 2011, on obtient pour la catégorie A : 2 874 500 et pour les catégories A,B,C : 4 270 700 personnes. Et encore ces chiffres ne sont que ceux de France métropolitaine, le chiffre monte à 4 537 800  si l’on inclut les départements d’Outre-mer. Toutes catégories confondues, ont obtient finalement le total de… 5 140 000 personnes inscrites à Pôle emploi. On comprend que ce  ne soit pas ce chiffre que les ministres mettent en avant.

Par ailleurs, comme précisé plus haut, ces chiffres ne comptabilisent pas les personnes sans emploi qui ne s’inscrivent pas à Pôle emploi. C’est le cas de nombreux jeunes, de la majorité des allocataires du RSA. Cela ne signifie pas qu’ils ne souhaitent pas un emploi.

D’autres indicateurs

 Cependant il existe d’autres indicateurs du niveau du chômage qui peuvent inclure les non inscrits à Pôle emploi. Par exemple, l’Insee publie trimestriellement des chiffres obtenus par enquêtes et sondages, qui s’appuient sur les critères retenus par le Bureau international du Travail (BIT) et qui représentent une moyenne sur trois mois. Les statisticiens de l’Insee considèrent cette méthode plus rigoureuse. Le collectif Les autres chiffres du chômage (ACDC) s’appuie en particulier sur ces statistiques.

D’autres indicateurs sont utilisables et peuvent permettre de compléter l’information. Ainsi, le solde des emplois créés (ou détruits) dans le secteur marchand donne des indications sur la réalité des emplois disponibles. D’autres modes de comptages peuvent donner des informations chiffrées utiles. Il est possible, par exemple, de prendre comme base de calcul les personnes sans emploi indemnisées. Les chiffres des indemnisés de l’Unédic étant connus, ainsi que le nombre des allocataires de l’ASS et du RSA, le total donne le chiffre de  4 594 200 (France métropolitaine). Il est facile de constater que ce chiffre est très voisin de celui de la DARES pour les catégories A,B,C.

Des chiffres sont également disponibles pour certaines catégories de personnes sans  emploi. Ils sont plus rarement versés au débat public et restent souvent cantonnés aux débats de spécialistes. Pourtant certains sont importants pour connaître l’état réel du chômage. Il en est ainsi des chiffres par genre, par âge ou encore par durée d’inscription à Pôle emploi.

Pour prendre l’exemple de ce dernier, il constitue un marqueur de la difficulté réelle de retrouver un emploi. Il corrèle parfaitement le théorème suivant : quand le nombre des chômeurs augmente, le retour rapide à l’emploi devient plus problématique et la durée d’inscription au chômage augmente. Et c’est tout l’environnement du chômeur en longue durée qui se dégrade dans sa vie quotidienne. A contrario, cet indicateur démontre d’ailleurs que lorsque le marché du travail propose suffisamment d’emplois les chômeurs et chômeuses ne s’éternisent pas à Pôle emploi…

Enfin, il faut noter que la DARES / Pôle emploi donne également les chiffres d’entrée et de désinscriptions aux services de Pôle emploi. Cela inclut par exemple le nombre d’entrées suite aux licenciements économique mais aussi des radiations administratives. Celles-ci étaient en hausse de + 13,6% en décembre 2011 (A,B,C, sur un mois).

Quels indicateurs retenir ?

 Quel chiffre faut-il retenir ? L’important pour la négociation sociale serait que les associations de chômeurs, les syndicats – y compris ceux de journalistes – se mettent d’accord pour quelques indicateurs de référence non déconnectés du débat social. Afin de ne pas laisser manipuler le débat public et donner des bases de référence commune pour l’action. Il n’est pas impossible d’y arriver et en tout cas il n’est pas inutile d’y travailler.

Le fil conducteur de ce rapport est que les chômeurs ne sont pas des statistiques. Cela ne veut pas dire que les associations de chômeurs refusent d’utiliser les chiffres qui peuvent permettre de mieux comprendre la réalité du chômage. Des corrélations et des mises en perspective sont nécessaires afin de valider des analyses globales du chômage pour des propositions argumentées.

On trouvera dans le tableau ci-dessous quelques « points de repères » qui n’ont d’autres fonctions que de présenter simplement quelques chiffres. Ceux-ci sont à proposer comme références pour le débat. Le parti pris est de n’en retenir qu’un minimum pour ne pas alourdir la présentation.

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Note :
/ Les catégories telles que définies par le Service public de l’emploi (Extrait) :

Catégories de demandeurs d’emploi

Les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi sont regroupés en différentes catégories. Conformément aux recommandations du rapport du Cnis sur la définition d’indicateurs en matière d’emploi, de chômage, de sous-emploi et de précarité de l’emploi (septembre 2008), la Dares et Pôle emploi présentent à des fins d’analyse statistique les données sur les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en fonction des catégories suivantes :

catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi ;

catégorie B : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte   (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois) ;

catégorie C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (i.e. de plus de 78 heures au cours du mois) ;

catégorie D : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi (en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie…), sans emploi ;

catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés).

( Pour en savoir plus sur le débat sur les catégories on se reportera notamment au site de l’Insee : http://www.insee.fr/fr/methodes/ )

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[ Chapitre extrait de :

MNCP : Rapport 2011 sur la situation des chômeurs chômeuses et précaires ]
Télécharger : 120405_MNCP_CHOMAGE_2011

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Chiffres du chômage mai 2017 / communiqué DARES – Pôle emploi

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