Un million d’emplois pour le climat ? C’est possible !

La société humaine est face à deux défis à relever : l’urgence sociale et l’urgence écologique. Deux urgences contradictoires ? Une plateforme d’une douzaine d’associations et syndicats propose des solutions et souhaite favoriser un large débat. Un rapport a été publié (auquel le MNCP a été associé dès le début), des collectifs se mettent en place pour élaborer des mesures à l’échelle locale, développer des outils et s’adresser à tous les niveaux aux pouvoirs publics et aux acteurs locaux pour les interpeller. 

La Revue Partage a souhaité amorcer le débat en donnant la parole à Gilles Sabatier de ATTAC et en publiant les sept mesures que la plateforme porte à ce stade de la mise en place d’une campagne de long terme pour proposer, débattre et convaincre.

 

Questions à Gilles Sabatier (ATTAC)

Revue Partage : Quelles actions proposez-vous pour que les pouvoirs publics mettent en œuvre ces mesures ?

Gilles Sabatier : Pour le moment l’objectif n’est pas d’interpeller le gouvernement. Nous en sommes au stade de l’expertise citoyenne et de la mobilisation. Il s’agit d’aller contre deux idées reçues :
1/ la transition écologique serait destructrice d’emplois.
2 / la transition écologique a un coût (ce qui est vrai) et on n’aurait pas l’argent nécessaire.
Ce sont deux idées fausses.
En ce qui concerne la première question, on nous dit par exemple « Vous allez fermer les usines polluantes, et donc mettre des salariés au chômage ». Il faut donc répondre à l’inquiétude des personnes concernés dans les entreprises en reconversion. Pour cela des outils existent et doivent encore être développés.

Par exemple par une approche des besoins d’un territoire, ou d’une branche industrielle pour mettre en place en concertation avec les salariés les alternatives nécessaires. Et bien entendu orienter l’action publiques pour le soutien à ces secteurs.
La transition coûte cher ? Il a été maintes fois démontré que de l’argent est disponible à condition d’avoir la volonté de combattre la fraude et l’évasion fiscales et de ne pas donner l’argent public aux grandes entreprises qui n’en ont pas besoin, sans contre-partie, comme le démontre le gaspillage auquel le CICE a donné lieu.
Ces questions nécessitent une campagne sur le long terme afin de bien préciser les enjeux. Et elles sont à débattre car il ne s’agit pas de plaquer des solutions toutes faites.

Cela doit permettre de coupler l’expertise citoyenne à développer avec la mobilisation. Surtout engager la bataille des idées pour que les citoyennes, les citoyens et les organisations s’approprient les propositions produites. Enfin cela doit se faire à tous les niveaux, dans les collectivités territoriales selon les échelles concernées.

RP : Comment et avec qui mettre en mouvement cet objectif ambitieux ?

GS : Il y a trois catégories d’organisations impliquées dans cette plateforme.
Des associations citoyennes comme ATTAC, le Collectif Roosevelt… Les organisa- tions de chômeurs telles que le MNCP. Les syndicats, bien entendu.
Et toutes les associations qui ont l’écologie et l’environnement dans leurs activités et leurs actions. Leurs points de vue se croisent, se complètent.

Ce ne sont pas les comportements individuels qu’il faut changer pour réussir la transition écologique, il faut réussir la mise en mouvement par une approche collective. Prendre l’habitude par exemple lorsqu’on parle emploi d’aborder la question sous l’angle de la qualité de l’emploi, de son utilité sociale et environnementale.

La campagne a une déclinaison nationale , mais aussi locale, au niveau des territoires. La plateforme dispose d’un site internet contenant nos différentes publications, mais aussi diverses contributions permettant d’enrichir le débat. Il est aussi destiné à contenir les outils qui seront mis à la disposition des groupes locaux.

RP : Où en est-on de la mise en œuvre de cette campagne ?

GS : On prépare la mobilisation au niveau des territoires. Un kit est proposé aux groupes locaux qui se constituent pour la mise en commun de leur action et nous continuons à développer les outils mis à la disposition de tous les acteurs de la campagne.
Des conférences sont organisées dans divers lieux, certains emblématiques, pour confronter l’objectif avec les acteurs locaux.

Par exemple, il existe un collectif « Emploi climat » à Marseille. Il a organisé un grand débat le 30 mars. À Clichy (Hauts-de-Seine) un café citoyen est organisé mercredi 26 avril pour une première étape vers la création d’un collectif…

**

Sept mesures pour l’emploi ET le climat

Les organisations de la plateforme “emplois-climat” proposent de mettre en place sept mesures qui rendent opérationnelle la proposition de créer 1 million d’emplois en France dans une perspective de transition écologique.
(extrait du mini-guide à télécharger)

  1. Créer 250 000 emplois à financement essentiellement public, de bonne qualité et de bons statuts (temps plein, longue durée), labellisés “transition écologique”. Il s’agit de postes dans des activités essentielles pour la transition écologique (comme les filières locales de réparation) dont la rentabilité purement économique n’est à court terme pas assurée.
  2. Créer 100 000 emplois “transition écologique” dans le service public. Le besoin d’agents de la fonction publique à l’échelle nationale et locale pour la mise en œuvre des politiques de la transition écologique juste est important.
  3. Investir dans les secteurs privés de la transition écologique pour créer 650 000 emplois. Il s’agit de réorienter l’argent investi dans les secteurs polluants vers les activités de la transition écologique et renforcer ces flux financiers.
  4. Résoudre l’opposition entre protection du climat et perte d’emplois dans les secteurs fragilisés par une reconversion qui doit être anticipée et territorialisée et une offre de formation adaptée. Pour réussir une transition écologique juste il faut résoudre l’équation entre emplois détruits et créés. L’objectif doit être “zéro chômeur/chômeuse écologique”.
  5. Assurer la qualité et la protection sociale des emplois de la transition écologique juste. Les emplois de la transition écologique doivent assurer un revenu et des conditions de travail décents et être inscrits dans un cadre d’activité pérenne.
  6. Lancer des changements structurels pour adapter les emplois au cadre de la transition écologique. Pour anticiper des changements structurels écono-miques, sociaux, numériques et écologiques il est nécessaire de lancer des expérimentations qui visent à développer de nouvelles formes d’emplois de qualité et de rémunération décente.
  7. Conditionner les dispositifs de soutien au secteur privé à la création d’emplois de qualité en particulier dans des secteurs de la transition écologique. Pour accélérer la transformation des modes de production et des orientations stratégiques des entreprises, il faut que les dispositifs d’aide soient en phase avec les principes de la transition écologique juste et liés à des critères précis en termes d’emplois créés et d’amélioration écologique.

**

1 / Associations parties prenantes de la plateforme à ce jour :

Alofa Tuvalu
Alternatiba
Amis de la terre
Attac
Collectif Roosevelt
Confédération paysanne
Emmaüs France
Fédération syndicale unitaire (FSU)
Heinrich Böll Stiftung France
Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP)
Réseau Action Climat
Union syndicale Solidaires
Avec le soutien de la Ligue des droits de l’Homme

2 / Dossier de presse : DP-Emplois-climat

**

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *